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Le Togo toujours dans la tourmente des méthodes anachroniques et obsolètes du clan Gnassingbé

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Le Togo, traverse depuis 1990, une crise profonde qui ne veut pas dire son nom. Visiblement, une seule personne est en train de tousser et tout le peuple s’enrhume. Le dernier accord intervenu entre les différents protagonistes de la crise le 20 Août 2006 à Ouagadougou au Burkina Faso, est considéré par l’ensemble de la classe politique togolaise comme une solution définitive à cette crise pour remettre le pays sur les rails. Mais, au lendemain des législatives anticipées du 14 Octobre 2007, le pays a repris sa marche vers le recul et le comble de malheur, la présidentielle du 04 Mars 2010 était organisée pour consacrer le recul de cent ans prédit par feu général président, Eyadema Gnassingbé. En cela, les caciques et autres barons du régime ne ménagent aucun effort pour l’enlisement définitif du Togo.

Après plus de 21 ans de lutte du peuple pour la conquête d’espaces de liberté et de démocratie, s’il est à dresser un bilan, l’on ne peut que conclure à un échec. Par rapport aux nombreux sacrifices auxquels les Togolais, toutes ethnies confondues avaient consenti pour que se concrétise leur rêve, celui de voir leur pays s’ouvrir à de nouveaux horizons, à la démocratie, il faut avoir le courage de le reconnaître, le peuple togolais n’a quasiment rien gagné.

S’il est une évidence que le combat pour la démocratie, sous tous les cieux est un exercice ardu, une conquête permanente qui nécessite d’énormes sacrifices, il n’en demeure pas moins vrai que le cas togolais, de par la nature perverse du régime que doit affronter le peuple, a été exceptionnellement dur et pénible. Cela a fait couler assez de sang et les pertes en vies humaines puis en bien matériels sont incommensurables.

Depuis donc cette période où une nouvelle page de l’histoire du Togo est en phase d’écriture, beaucoup d’eaux ont coulé sous le pont et de nombreux événements puis soubresauts politiques majeurs ont jalonné le parcours sinueux du processus démocratique au Togo ; mais à la vérité, le peuple qui a tout donné est toujours resté sur sa soif.

Alors que dans nombre de pays africains, le processus démocratique a abouti sans coup férir, au Togo, l’on est encore à la case-départ qui replonge le pays dans les travers d’une dictature sans visage.

Les méthodes ubuesques et abjectes longtemps utilisées par le Rpt, parti au pouvoir, pour régenter le Togo, qui continuent de faire toujours chemin et dont le chef de l’Etat et les caciques du régime ne veulent jamais se départir, poussent les uns et les autres à affirmer que ces adeptes de la régression sont déconnectés de tous systèmes d’évolution ; ce qui signifie de facto qu’ils ne sont pas encore prêts à revêtir l’habit du changement de mentalité pour s’adapter au temps.

Or, cette manière désastreuse de gérer les affaires publiques avaient indigné par le passé, certains militants et responsables du Rpt qui au cours du congrès de Novembre 1991, qualifié de « Congrès du renouveau », avaient formulé des critiques honnêtes et objectives visant à bannir des vieilles et mauvaises habitudes du parti, les méthodes et pratiques immondes dont se glorifiait pompeusement le régime Rpt qui, se trouvant dans une situation inextricable et ne sachant à quel saint se vouer, était contraint de convenir d’un nouveau contrat politique aux valeurs, méthodes et pratiques conformes aux exigences de la donne démocratique et d’Etat de droit pour sa survie.

Malheureusement, les recommandations issues de ce congrès vont aussitôt demeurer lettre morte. Car, au fur et à mesure que le régime reprenait avec assurance, les leviers des commandes de l’appareil de l’Etat, il n’oscillait pas un tant soit peu à renouer non sans ces méthodes et pratiques qu’on lui connaissait. Et cela est devenu dans les habitudes du pouvoir, une pratique privilégiée voire instituée par les caciques pour assurer la pérennité du régime pourtant réputé très impopulaire.

Dans le même contexte, l’affaire d’exclusion des neuf députés de l’Anc en Novembre 2010 par le régime Rpt a montré à suffisance, l’inexistence de toute dimension et de toute valeur humaine dans les rangs des caciques du pouvoir qui dans leur dessein macabre continuent d’œuvrer à exterminer ce qui reste de la dépouille de la nation togolaise.

Et comme pour parachever leur œuvre, l’arrêt de la décision de la cour de justice de la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) dans cette affaire d’exclusion de député a non seulement été une occasion de plus pour les caciques de créer la polémique autour d’une affaire qui ne devrait pas en être une et semer la confusion dans la tête des Togolais, mais aussi et surtout celle qui confirme l’usage d’adages abracadabrantesques qui constituent les fondements des méthodes arriérées et abyssales de gouvernement.

Dans cette perspective, ces oiseaux de mauvais augure ne peuvent jamais aider à construire une nation où coexisteront tous les courants politiques. Pourtant, c’est au Rpt qu’il revient en premier, la construction d’une nation de justice et de paix. Cette vérité n’avait pas en mars 2002, échappé à la sagesse de Dahukou Péré, alors président de l’Assemblée nationale et membre du bureau politique du Rpt, en invitant ces collègues à cette fin : « C’est aujourd’hui, maintenant qu’il faut se déterminer. C’est à notre parti le Rpt, qui jadis fut le parti de tous les Togolais qu’il incombe en premier de donner l’exemple en construisant pour les générations présentes et futures, une nation où toutes les ethnies et tous les courants politiques coexisteront, s’enrichiront mutuellement et coopéreront dans la paix, la justice et la concorde en acceptant leurs différences et en mettant celles-ci à contribution pour créer les richesses spirituelles, morales et matérielles dont dépendra un développement sans cesse croissant du pays. » Malheureusement, ce noble souhait n’a jamais retenu l’attention des caciques du régime qui ont persisté dans les errements les plus rocambolesques et continuent de multiplier les bourdes les plus saugrenues.

Après la décision de la cour de justice de la Cedeao, le bon sens aurait voulu que pour une fois au moins, les caciques du pouvoir se démarquent de vaines polémiques en essayant dans une première mesure d’en étudier minutieusement tous les contours puis créer les conditions qui puissent permettre d’aller à l’apaisement avec en toile de fond, le consensus étant donné qu’ils ont déjà mis en place une situation qui était de nature à déboucher sur une jurisprudence. Mais les habitudes ayant la carapace dure, les vautours se sont comme à l’accoutumée, lancés dans des fourvoiements sans souci des valeurs et des principes.

Aujourd’hui, la donne internationale a changé et partout ailleurs, les choses évoluent. C’est justement au regard de l’évolution de la géopolitique qu’un membre influent du régime, de la région septentrionale, conscient de la dégradation de la situation sociopolitique du Togo, s’insurge contre les comportements méphistophéliques des caciques du pouvoir : « Nous ne sommes pas plus intelligents que les gens du sud. A l’heure actuelle, nous ne devons plus continuer de profiter de notre position pour mépriser les populations de cette partie du Togo.

Il faut que nous changions de comportement et de mentalité. Nous sommes venus prendre le pouvoir de force des mains de ceux du sud et nous les méprisons à dessein. Pensez-vous que si ce sont eux qui sont venus prendre chez nous dans les mêmes conditions le pouvoir et se comportent ainsi, nous allons accepter ? Tôt ou tard, cette population déjà très lassée de notre régime finira par se soulever et ce sera fatal pour nous. »

Ces propos assez significatifs sont la preuve qu’au sein même de ce régime, les consciences continuent de se réveiller et c’est de bonne guerre. Les caciques doivent cesser leurs agitations et leurs gesticulations tous azimuts dans cette affaire pour laisser les intelligences émerger en vue de créer les conditions qui puissent favoriser une situation de mer d’huile allant dans le sens de l’apaisement.

Le Rpt, quoi qu’on dise, a déjà atteint les limites de ses capacités car lorsqu’un pouvoir passe tout son temps à discourir et à guerroyer contre tout le monde, c’est la preuve qu’il est usé.

Peter Sossou

source : triangledesenjeux.com

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