|

Le style primitif d’un pouvoir étrange au destin tragique : Pascal Bodjona rit en pleurs et attend sans espoir

image_pdfimage_print

« C’est un malheur que les hommes ne puissent d’ordinaire posséder aucun talent sans avoir quelque envie d’abaisser les autres ». Cette pensée de VAUVENARGUES, livrée dans ses Réflexions et Maximes nous montre qu’il y a plusieurs catégories d’hommes. Mais, le mal est que ceux qui n’ont d’esprit que ce qu’il leur faut pour être juste des sots, sont ceux qui s’acharnent à détruire leurs congénères. Leurs cœurs sont si remplis d’ordures qu’il leur est tabou de s’accommoder à l’idée du bien. Dans une logique du non sens, ils demeurent prisonniers des ambitions qui dépassent leur taille, leur compétence et n’ont de choix que de se servir des autres, s’adosser à eux pour se frayer un chemin étroit de leurs rêveries solitaires. Puis, ils commencent par tenir en soupçon ceux qui les ont aidés à faire un petit bout de chemin de leur songe. Ils se savent eux-mêmes médiocres à la tâche pour réaliser des exploits. Ils finissent toujours par donner à ceux qui font le travail à leur place le baiser de Juda. Ils les livrent à des falots aussi vils qu’incultent qu’eux.

Seuls les faiseurs de gloires ont d’ardeur à s’épuiser pour les autres, pour le chef, à le défendre sous les quolibets, à prendre des coups à sa place, à se mettre en situation périlleuse, à accepter d’être un écran de protection à dégager les gros nuages de toutes les tempêtes sociales. Ces braves gens à tout faire pour le chef, lorsqu’il est un usurpateur, n’ont de récompense que la sanction, la démolition, l’humiliation. Les usurpateurs savent avec Charles PERRAULT dans ses Fables que : « C’est le vrai droit du jeu de tromper le trompeur ». Tout le problème est dans ces mots pour ceux qui ont la faiblesse d’usurper le pouvoir. Ils n’ont ni d’éthique, ni de civilité et leur conscience des talents qui les entourent les perturbe énormément. Ils en ont peur. Au lieu d’être satisfaits pour les services qu’ils rendent, les chefs les tiennent sournoisement en adversité jusqu’à ce que le simple soupçon ne se transforme en un véritable poison qui détruit tous les compartiments de la solidarité affirmée et la fidélité défendue. C’est pourquoi la caution indéfectible à la forfaiture, à l’usurpation, aux fausses gloires est une aventure dangereuse. Elle n’a qu’une courtoisie circonstanciée, une affectivité utilitaire, une durée éphémère. Elle réserve infailliblement à tous les zélés un destin tragique. Tous les usurpateurs se protègent en fragilisant tous ceux qui prennent trop de place autour d’eux. Ils les utilisent comme des buchettes d’allumettes juste pour s’éclairer et les jettent sitôt le but atteint.

Ainsi, les faiseurs de gloires sont otages de leurs maîtres dont l’instinct de conservation est la source de toutes les éliminations directes et sans scrupule. Ceux qui n’ont d’autre moyen que d’appartenir à l’histoire par des exploits à rebours n’ont jamais assez d’esprit et de moralité pour devenir droits.

Ce qui arrive à Pascal BODJONA, le rossignol du pouvoir de Faure GNASSINGBE est aussi triste qu’effroyable. Mais, il illustre le fonctionnement d’une entité psychologique du crime, du gain à n’importe quel prix et de la préséance maladive qui caractérise les forfaitures, leurs auteurs. Tout le mal de sieur BODJONA est d’avoir cru en une complicité avec quelqu’un qu’il croit connaître. Il ignorait son côté vindicatif primaire et l’usage cynique de la répression judiciaire dont il a l’intelligence pour écrabouiller les innocentes culpabilités fabriquées par l’alchimie de toutes les suppositions. Toutes les règles de procédure judiciaire sont sacrifiées dans l’art de préétablir des inculpations. La vengeance creuse ruine tous les hommes quels qu’ils soient. Elle plonge leurs auteurs au fond des âges, les exclut de la cité humaine. Elle réussit à provoquer le désordre qui fait un plateau à la rénovation, à la révolte, à l’insurrection, au changement.

Comment pouvons-nous continuer à édifier chez nous un Etat sauvage sans payer le prix de nos propres manœuvres ?

Si les événements nous parlent de l’effroyable système du régime, quelles dispositions légitimes avons-nous le devoir d’organiser pour nous préserver de la terreur ?

Que peut Pascal BODJONA face à l’acharnement, face à sa mort programmée ?

1) Combines et combinaisons mortelles

Dans le théâtre d’un régime de parjures et des falsifications ubuesques, survient vite le feu qui consume leurs auteurs et les amitiés créées par la nécessité, par-delà les exigences morales, éthiques, affectives et du bon sens. Tous les rapports fondés sur l’anormalité se détruisent dans l’anormalité. Une démarche qui sort de toutes les normes n’a jamais suffisamment d’autorité à être propre, à survivre sans la spirale de l’anormalité et du crime. C’est pourquoi la désagrégation du pouvoir de FAURE GNASSINGBE est une certitude. Elle procède par une inexorable autoflagellation et une implosion pour se faire une place dans les caveaux de l’histoire. Toux ceux qui ont la prétention de faire l’histoire des peuples sans le quitus de ceux-ci finissent par être tronçonnés par leurs propres pratiques.


De Kpatcha GNASSINGBE à Pascal BODJONA en passant par Seyi MEMENE et tous les généraux qui avaient fait allégeance au petit, qui a le front haut de récompenses enviables ? « Les Frères du mal » se tuent toujours parce qu’il leur manque l’élévation humaine, les principes de grandeur et leurs péchés inexpiables les installent dans une compulsion au complot. L’habitude du complot contre les autres se mue en une guerre fratricide qui décime les amitiés hâtives, les préséances et tout l’appareil de conquête. Tous ceux qui ont offert des amarres au prince héritier pour s’installer au trône dans un fleuve de sang ont signé d’une manière ou d’une autre leur propre arrêt de mort dans l’indignité absolue. Le phénomène d’érosion du pouvoir est indéniable ; il s’accélère pour ne laisser aucune chance de survie à l’exonération des dettes vis-à-vis de notre peuple. Une ruine de conscience se prive de l’onction des peuples et mérite sanction. Au Togo, il n’existe pas de liberté d’indifférence politique au regard de tous les drames qu’entretient une seule famille sur ce bout de terre en partage depuis cinquante deux ans. Tant de vies et tant de familles sont sacrifiées à l’autel d’une dynastie désuète et avide de vaines gloires avec des pratiques enfouies dans la vallée des âges. Les récriminations et les réclamations populaires pour la restauration de la République sont en crescendo parce qu’elles sont légitimes et justes. La justice que nous réclamons aurait été une idiotie si elle venait à sérier les Togolais.

Aucun Togolais n’approuve la manière dont Pascal BODJONA est poursuivi. La battue organisée autour de sa personne pour le transformer en un gibier de chasse est inacceptable et ordurière. Il y a une maturité de notre peuple. Elle s’affirme sur des bases d’équité, de discernement, d’éthique, de justice, de mérite et d’égalité. Le Togo est dans la dimension universelle des Droits humains. Sa réprobation collective contre l’inculpation imaginaire de Pascal BODJONA avec des procédures surréalistes et primaires correspond aux principes d’humanité défendus par LA BRUYERE dans Les caractères : « Il y a une espèce de honte d’être heureux à la vue de certaines misères ». Nul n’est au-dessus de la loi. Mais, la loi doit être juste. On ne se moque jamais de celui qui fait les frais d’une justice de misère.

Les Togolais connaissent les énormités de BODJONA dans la défense de ce régime qui a massacré 811 Togolais selon la Ligue Togolaise des Droits de l’Homme pour s’installer. En tant opportun, dans les règles de l’art, s’il est opportun qu’il s’explique dans un prétoire, il se mettra à la disposition de la Cour. Nous savons tous comment il a également organisé la fraude électorale du scrutin du 04 mars 2010. Les Togolais ne se mélangent pas les pinceaux pour se jeter dans la poubelle de la vengeance aveugle. Nous pouvons en être fiers. Cette maturité politique est le point de départ d’une renaissance pour laquelle nous nous battons. Les questions de personne dans toute la présomption d’innocence sont des situations qui irritent nos concitoyens. Tous les régimes en fin de cycle sortent du fourreau le coutelas contre ses acteurs principaux. Les éliminations directes vont se poursuivent dans l’illusion de la puissance par la terreur. C’est sur cette pente abrupte de la faiblesse que le coup de massue sera donné à ce système crapuleux et pestilentiel.

Les Togolais ne se trompent pas de combat. Le vrai malheur qui ravale leur vie au plan de la jungle n’est nullement BODJONA. C’est l’organisation criminelle de gestion de notre cité par un clan de viles personnes qui ont tout perdu des valeurs et qui nous dégoûte parce qu’elles n’ont aucun goût du mieux-être de nos populations. Toute leur ingéniosité est réduite à la facilité du crime, à la fantaisie de la falsification et de la fraude. Le cas BODJONA, frappé d’une griffe d’inculpation anticipée avant qu’il ne soit entendu par le juge, lève le voile sur tous les crimes judiciaires. Kpatcha GNASSINGBE, SOW AGBA Bertin et tant d’anonymes croupissent dans nos rebutantes maisons d’arrêt et de correction sur commande. Ils sont des indésirables, victimes des « opérations de propreté » au gré des humeurs de ceux qui nous font le bal masqué d’un « plus jamais ça » balbutié dans un instant d’imitation de la vertu. L’ivresse du pouvoir inhibe le bon sens, tue la morale et mutile la justice. Notre pays est juste réduit en un machin au podium du ridicule pour un règne. Ceux qui excellent dans l’arbitraire pour le pouvoir doivent savoir qu’ils ont l’obligation de se redresser pour enfin être grands. Ce qu’on appelle République a besoin de grandeur pour exister. Ce n’est nullement dans la fabrique des sentences qu’elle s’édifie. Les anomalies de l’historicité du père et toutes ses petitesses macabres se reproduisent en une période autre. Ce déphasage avec la modernité flétrit l’autorité du fils et déteint gravement la dynastie. Car, comme le fustige Guillaume APPOLINAIRE : « On ne peut pas transporter partout avec soi le cadavre de son père ». Quand on veut imiter quelqu’un, c’est sur ses bons côtés qu’il faut lui ressembler. De Kpotivi Djidjogbé LACLE à Pascal BODJONA en passant par AGBEYOME, Séyi MEMENE, NATCHABA, Kpatcha GNASSINGBE et les autres…. L’obscur soupçon est le tombeau de ceux qui se font trop voir.

2) Les leçons d’une terrible fin de BODJONA

Tout pouvoir qui piétine les Droits humains, les libertés individuelles, les privilèges constitutionnels, la justice, les biens des citoyens est en-deçà de la Civilisation. L’aider à se maintenir dans le non-droit, à persister dans l’arbitraire, c’est respecter la sottise, donner sa caution à la médiocrité et accepter d’en être otage. Tout régime de terreur, d’imposture et de parjures mérite la haine publique, inextinguible. Car, la haine dans ce sens est le dédain militant de ceux que fâchent l’abaissement et la bêtise. Elle est une vie engagée contre le viol, le vol, le mépris et toutes les exactions de petits gens qui sortent de l’humanité.

Penser tirer profit des actes hors-la-loi équivaut à un choix triste et irresponsable qui fait l’apologie de l’immoral et du crime pour se mettre sur l’échafaud de l’histoire. Comme nous le confirme Henri MICHAUX dans Tranche de savoir : « Le meilleur moyen pour un homme de faire avorter son appartenance à l’histoire, c’est de manquer d’esprit et de moralité ». Notre vie est si passagère dans un monde infini qu’il est satanique d’en user pour détruire le présent et le futur, hypothéquer celle des autres, la destinée de tout un peuple. Personne ne peut nier à ce stade d’humiliation de BODJONA, de la destruction de sa personnalité que François BOKO triomphe de tous ceux qui ont fermé les yeux sur le drame qui se jouait en 2005. La postérité fait de lui un grand homme, un fils digne de la terre qui l’a vu naître. Le vrai malheur du sieur BODJONA, c’est d’avoir trempé la main dans la gamelle des mangeurs d’âmes. On le soupçonne d’avoir des appétits gloutons qui pourraient le transformer en un danger pour le couvent des privilèges insensés. Si le cercle des vampires pouvait trouver des manèges pour lui éteindre le jour, il n’aurait pas hésité. Ce pouvoir ignore royalement ce que valent la vie et les compétences. BODJONA connaît les habitudes de la maison. Il sait qu’il est dans un engrenage et n’a d’autre bouclier que nous tous qui formons la nation. Ce système inique de destruction gratuite des vies humaines ne peut plus être couvert d’indifférence ni de tolérance.

Nous devons avoir à l’esprit que qui fait la compagnie des salauds trempe sa main dans des saloperies et se compromet avec eux. Il ne peut jamais être propre ni se jouer de sa bande. Le brasier allumé au cul du sieur BODJONA est toujours fumant et le demeurera. Il va connaître plusieurs étapes tant que la finalité n’est pas acquise. Il appartient au peuple togolais et à lui seul de rester dans une mobilisation sans répit pour mettre un terme à l’instrumentalisation de nos institutions pour régler des comptes personnels et guillotiner au gré du soupçon des vies qui sont si anonymes et si connues. Dans l’affaire BODJONA, le gain populaire de notre pays nous situe sur l’entreprise de création d’un nouveau parti UNIR, ses principes, son mode opératoire, ses ambitions réelles, ses valeurs. Le recul au fond des âges est programmé pour notre République. La prudence, la méfiance et le rejet de ce label trompeur de rassemblement qu’est UNIR trouvent leurs fondements dans les pratiques de ceux qui animent la nouvelle trouvaille au badigeon fallacieux qui n’a de réalité que d’horreur. Nos habitudes se confondent avec nos perceptions, nos projections ; elles font corps avec notre mode de vie. Nous avons l’obligation de choisir le meilleur pour notre pays. La bande à persécuter ne fait ni notre histoire, ni notre prospérité dans ce monde de verre où nos enfants et petits-enfants parlent déjà à notre époque. Nous autres Togolais, nous savons avec certitude de par notre propre histoire comme l’écrit Victor SEGALEN dans les Immémoriaux qu’« il est des gens dont l’approche équivaut à tous les maléfices ».

Ce stade de complot est une très mauvaise publicité pour Faure GNASSINGBE et son pouvoir. Il arme davantage le peuple togolais à comprendre que ce qu’on avait présenté comme une simple histoire de famille dans l’affaire Kpatcha Gnassingbé participe d’un mode de liquidation sans scrupule par un nombriliste pervers et vindicatif qui nous parle de justice sans en connaître ses exigences inviolables. La clarté apparaît dans la détention arbitraire de Sow AGBA Bertin dont on veut faire le filet de sécurité pour pêcher l’ex-Ministre « gros format ». Comment peut-on de nos jours soutenir un régime qui se manifeste en disposant de la vie de ses propres citoyens comme il l’entend ? La volonté de puissance de Faure GNASSINGBE se passe de toutes les lois, de la Constitution, de la justice, de l’éthique, de la morale. Elle est inacceptable et nous appelle à un combat sans merci parce qu’elle rompt dangereusement le contrat social dont les fondements sont la sécurité et la paix. Aucun Togolais n’est en sécurité sous le règne du fils d’EYADEMA qui perpétue des habitudes surannées. Le « Faurisme » est un angélisme faux qui fait des retropasses de ses ennemis avec froideur à des lions et des vampires qui les prennent en cage, les torturent, les déshumanisent avant de les dévorer.

Plus personne ne fait confiance à notre justice. Tout pouvoir qui ignore la justice met en révolte son peuple. C’est l’esprit de justice qui est la base de la répartition équitable des richesses nationales. Sans la justice, la pauvreté et les conditions de vie des peuples les rendent séditieux. Nous sommes à une nouvelle étape de la lutte populaire. L’absence avérée de justice est une excitation supplémentaire pour exiger dans un front citoyen costaud et ferme l’alternance démocratique et le changement. Les oiseaux qui vont loin volent toujours en rangs serrés. Les violations multiples des droits humains et de la justice sont des adjuvants pour le combat. Ce régime ne survivra pas de son cumul de fautes lourdes ! Papa Antoine BODJONA, le père de Pascal connaissait les GNASSINGBE ; il avait pourtant prévenu son fils. Il s’endort dans la paix et la dignité avec la vérité aux lèvres. Il avait la Sagesse de HAMPATE-BA pour qui : « Un vieillard assis voit plus loin qu’un jeune homme debout ».

Didier Amah DOSSAVI

lalternative-togo.com

Tags: , ,

Laissez un commentaire

Free WordPress Themes

*