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La CDPA appelle à la fin du règne de Faure Gnassingbé en 2015

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Au moment où de grands bruits ramènent à la surface la houle du projet de création d’un parti sur les cendres du RPT, l’opposition togolaise semble se mettre d’aplomb pour faire face efficacement aux enjeux immédiats de la vie politique nationale. C’est la CDPA par exemple qui, avant-hier, est montée au créneau pour montrer ses intentions. Une déclaration intitulée « dix ans, ça suffit » en donne le ton.

Dix ans, ça suffit !

Avec un titre aussi évocateur, la déclaration du parti du professeur Gnininvi est en fait un tissu de remarques « gentilles », de propositions et d’appels. Elle propose un bref aperçu de la situation socio-politique du pays, attire l’attention sur le jeu ténébreux du pouvoir de Faure Gnassingbé au sujet des échéances électorales prochaines. Elle finit par un appel à l’opposition politique en vue d’une synergie nouvelle.

«  Cinquante ans après l’accession du Togo à la souveraineté internationale, 21 ans après le soulèvement populaire du 5 octobre, 20 ans après la conférence nationale souvveraine, notre pays va mal », ainsi commence très fort la déclaration. Elle ne fait pas juste après économie de l’emphase. « Oui, le Togo va mal » ajoute-t-on pour insister sur le diagnostic de la société togolaise.

Selon la CDPA en effet, la situation socio-politique du Togo en ce mois de juillet 2011 n’est pas du tout enviable. Elle est déplorable puisque « l’immense majorité des Togolaises et Togolais croupissent toujours dans la misère, alors qu’une infime minorité gouvernante s’empiffre insolemment ». La preuve, selon le parti rose, ce sont « les nombreux mouvements de revendication dont ceux du personnel de la santé et des étudiants ». Sur la question purement politique, le constat de la CDPA n’est pas moins alarmant et inquiétant.

Le parti estime ainsi que de démocratie, il n’y en a pas au Togo. « Notre pays, au-delà des apparences, souffre d’un déficit démocratique chronique » lit-on dans la déclaration qui précise que le rêve d’alternance n’est toujours pas réalisé à cause des « manœuvres du pouvoir en place (qui) montrent son entêtement à se maintenir au pouvoir envers et contre la volonté du peuple ». La déclaration aborde ensuite la question des élections prochaines, les législatives et les locales en dénonçant « le flou entretenu par le gouvernement ».

La déclaration informe d’une lettre adressée au Premier ministre pour porter à sa connaissance les inquiétudes du parti au sujet des élections à venir de même que sur la stabilité du pays. La déclaration fait état entre autres de ce que la lettre adressée au Premier ministre a tenu à «  souligner que si les nombreuses questions que se posent la population, la société civile et les partis politiques ne trouvent pas dès à présent de réponses, notre pays risque de manquer une fois encore les rendez-vous électoraux cruciaux ». Plus loin, le parti de Léopold Gninnivi est plus clair en écrivant que « en l’absence de réponses appropriées à tant d’interrogations et d’inquiétudes, il y a lieu de redouter des lendemains douloureux pour notre pays au soir d’une « énième mascarade électorales ».

On peut retenir enfin de la déclaration de la CDPA l’appel qui y est lancé pour l’action commune des forces démocratiques. Après avoir décrit les contours du jeu ténébreux du pouvoir de Faure Gnassingbé dans le dessein d’organiser de nouvelles élections à sa façon pour les gagner à sa façon, la CDPA indique que «  la classe politique doit tirer leçon des erreurs du passé pour commencer à s’organiser et à œuvrer en sorte qu’aucun citoyen ne puisse désormais présider plus de dix ans aux destinées du pays, exiger que les conditions des prochaines élections législatives et locales soient clarifiées et validées consensuellement ».

Les jeux sont ouverts

La déclaration arrive à point nommé pour hâter l’élan de regroupement des forces démocratiques. S’il est vrai que ces forces savent qu’elles ne peuvent pas efficacement affronter le pouvoir têtu du RPT en dispersant leurs énergies ou en parlant chacune de son côté, c’est à elles de trouver les moyens de réaliser cette synergie tant désirée.

Avant la CDPA, le parti de Jean-Pierre Fabre a lui aussi appelé les forces démocratiques à se rassembler pour faire face au RPT. Nicolas Lawson du PRR, Agbéyomé Kodjo de OBUTS et Me Apevon du CAR ont fait la même réflexion dans un passé récent. Il en résulte que l’on peut constater que dans leur ensemble, les forces politiques qui ne reconnaissent pas l’autorité du parti au pouvoir sur le pays sont conscientes de l’enjeu et de la tâche qui les attendent. Libre donc à elles de voir ce qui peut être fait dans ce sens. Ce qui est sûr et que l’on peut dire d’un point de vue extérieur, c’est que le peuple de citoyens et d’électeurs qui leur fait confiance les jugera sur pièces.

De plus, de l’extérieur, on peut commenter que si une telle union des forces démocratiques doit advenir, il sera important que cette union ne regroupe que les partis politiques et mouvements qui aspirent authentiquement à l’alternance politique. Naguère des coalitions et unions politiques se sont effritées parce que, en leur sein, certains étaient beaucoup plus intéressés par les prébendes et les privilèges liés aux postes ministériels ou de directeurs de services. Il faudra donc que chacune des forces susceptibles de faire partie de la coalition annoncée fasse le voeu comme la CDPA de faire «  ce qui est de son pouvoir pour qu’au terme des concertationss entre partis de l’opposition, une nouvelle dynamique de lutte qui donne véritablement espoir aux Togolais et clarifie l’horizon politique dont dépend le développement du Togo ».

En outre, selon certains analystes, cet idéal ne peut être possible si des partis comme la CDPA ne réussisse à faire la mutation de leur position vis-à-vis du FRAC et de l’ANC, vice-versa. Cela renferme que la CDPA qui ouvre de façon sollenelle le dossier de l’union des forces démocratiques, puisse concilier ses positions sur la présidentielle du 4 mars 2010 à celles de leurs camarades réunis au sein du FRAC. Il n’y a pas longtemps, les bruits d’une union de six (6) partis politiques dont la CDPA et le CAR avaient occupé les desks de l’actualité politique nationale. Dans cette foulée, un article publié chez un confrère quotidien faisait étatd e ce que l’ANC et le FRAC auraient peur du front naissant d’une part, que de l’autre, les partis qui se regroupaient ainsi ne peuvent pas se mettre ensemble avec le FRAC étant donné que ce front piloté par M. Fabre repose son action sur la revendication de la victoire à la présidentielle du 4 mars 2010, ce qui différencie et oppose profondément les « deux » camps.

De cet article, on peut tirer la conclusion que l’appel à l’union de la CDPA est beau mais que dans la réalité, cela peut se révéler très pénible pour les potentiels candidats à l’union. A moins que dans les deux camps, des efforts suffisants soient faits pour briser les frontières idéologiques et opératoires, l’appel du Professeur Gninivi, ceux de MM. Fabre, Lawson et Agbeyomé avant lui, pourraient rester une fois encore vains. Les jeux sont ouverts donc et il est fort à parier que les forces démocratiques n’auront pas la partie facile. Car si la CDPA demande de «  tirer leçon des erreurs passées », c’est un défi grandeur nature déjà pour ces partis. Tirer leçon des erreurs passées suppose que certains reconnaissent leur fourberie, leur duplicité, que d’autres renoncent à leur propension à tirer le drap de leur côté ou à monnayer vite fait bien fait les efforts des collègues. Cela suppose aussi que soit déterminée sans le moindre flou la tâche spécifique dévolue à chacun. En vérité, une opposition traversée par des courants idéologiques et opératoires très antagonistes ne peut pas être facile à rassembler autour d’un gibier commun.

Le défi est davantage grand quand il s’agit de faire face au RPT, l’hydre de la politique nationale. Pour empêcher le RPT de rester au pouvoir ad vitam aeternam, il faudra du cran et de la détermination qui ne sauront s’accommoder d’aucun orgueil, d’aucun égoïsme ni d’aucune légèreté. Tout n’est pas de dire « un mandat, c’est bien, deux c’est supportable, mais trois mandats bonjour les dégâts, car on met sa personne, ses concitoyens et son pays. » ou « pour la CDPA, dix ans et plus au pouvoir, ça suffit » il faut se donner les moyens de son effectivité.

Nima zara

 

Le correcteur 268

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