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Jean-Pierre Fabre sur RFI : « Je veux mettre en garde Ahoomey-Zunu contre toute velléité de chercher à passer en force »

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Invité Afrique de la Rédaction de nos confrères de Radio France Internationale (RFI) hier matin, Jean Pierre Fabre, le leader de l’Alliance nationale pour le changement (Anc) a eu à se prononcer sur l’actualité sociopolitique du Togo. Du refus de son parti de participer au dialogue initié par le gouvernement, à l’affaire d’escroquerie internationale qui a conduit à l’arrestation de l’ex-ministre de l’Administration territoriale Pascal Bodjona, en passant par l’exigence des reformes institutionnelles et constitutionnelles avant les éléctions, le leader de l’opposition togolaise dénonce « l’absence de volonté politique [du gouvernement] d’organiser des élections libres et honnêtes, et par voie de conséquence, de régler la crise togolaise », et avertit l’opinion internationale que « les prochaines élections, si elles ne sont pas programmées pour être organisées après un accord politique issu d’un dialogue réel, n’auront pas lieu ». Lecture.

RFI : Jean Pierre Fabre, bonjour !

J-P Fabre : Bonjour !

RFI : Le Premier Ministre vous tend la main pour un dialogue, pourquoi le refusez-vous ?

J-P Fabre : Nous avons posé un certain nombre de préalables, et le refus de régler ces préalables témoigne de l’absence de volonté politique d’organiser des élections libres et honnêtes, et par voie de conséquence, de régler la crise togolaise.

RFI : Quel est le principal préalable ?

J-P Fabre : Par exemple, la mise en œuvre des recommandations de la Commission Nationale des droits de l’Homme (CNDH) dans l’affaire de torture de M. Kpatcha Gnassingbé et coaccusés. Dans nos préalables, l’exécution rigoureuse des décisions de l’Union interparlementaire et de la Cour de Justice de la CEDEAO au sujet des neuf (9) députés de mon parti ANC révoqués de l’Assemblée Nationale. Et moi, j’ai suivi avec intérêt les propos de M. Ahoomey. Le régime dont il a toujours été un serviteur dévoué ne semble pas mesurer l’ampleur de la crise, le refus catégorique de la population togolaise de se laisser prendre à ses manœuvres actuelles. C’est pourquoi je veux lui dire que les prochaines élections, si elles ne sont pas programmées pour être organisées après un accord politique issu d’un dialogue réel, n’auront pas lieu. Je veux le mettre en garde contre toute velléité de chercher à passer en force.

RFI : Autre ouverture de la part du régime, la limitation à deux (2) du nombre de mandats présidentiels dans l’avenir, que répondez-vous ?

J-P Fabre : D’abord pour nous autres Togolais, M. Faure Gnassingbé n’a jamais gagné une élection. Ni en 2005, ni en 2010. Voilà pourquoi il faut qu’il parte. Il n’a aucune légitimité, ça c’est un !

De deux, quand on entend invoquer, comme le Premier Ministre, la non rétroactivité de la loi, cela prête à rire. Parce que la loi peut disposer pour le passé, le présent ou l’avenir si telle est la volonté du législateur. Et nous disons qu’aujourd’hui, en aucun cas, nous n’accepterons que M. Faure Gnassingbé se présente aux élections.

Alors, depuis deux (2) ans vous réclamez en effet le départ du Président Faure Gnassingbé, mais est-ce-que vous ne placez pas la barre trop haut, et est-ce-que du coup, vous ne ratez pas l’occasion de faire passer dès aujourd’hui des reformes concrètes pour gagner les prochaines législatives, qui sait la prochaine présidentielle ?

J-P Fabre : De toute façon, les réformes auront lieu. Mais nous ne voulons pas nous laisser appâter par des dialogues qui n’en sont pas, et qui permettent au régime en place de se maintenir indéfiniment.

RFI : Vous dites que les réformes auront lieu, mais voilà des mois et des mois que le Collectif « Sauvons le Togo » marche dans les rues de Lomé, mais pour quel résultat ?

J-P Fabre : Je vous demande un peu de patience, et vous verrez que le peuple togolais est déterminé à barrer la route à la fraude électorale. Vous savez, le problème du Togo, c’est que nous sommes un pays atypique où les lois de la République, les Droits de l’Homme sont violés dans l’indifférence de la communauté internationale. Alors, le peuple togolais a pris en main son destin.

RFI : Est-ce à dire que vous privilégiez le rapport de force sur le dialogue ?

Nous privilégions la mobilisation populaire, c’est tout ce que je peux vous répondre.

RFI : Actuellement au Togo, c’es l’affaire Le Floch-Prigent qui défraie aussi la chronique. Pensez-vous que cette affaire judiciaire pourrait avoir des conséquences politiques ?

J-P Fabre : Certainement ! A partir du moment où tout le monde constate que les droits d’un prévenu comme M. Pascal Bodjona ne sont pas respectés.

RFI : Il y a encore quelques mois, Pascal Bodjona était l’un des hommes forts du régime de Faure Gnassingbé, pensez-vous qu’il est en prison aujourd’hui à cause de cette affaire d’escroquerie ou pour d’autres raisons ?

J-P Fabre : Je pense qu’il est en prison pour des motifs politiques. Vous savez, M. Bodjona a toujours été pour nous un adversaire politique redoutable. Mais nous sommes des hommes de principe, et donc, l’Etat de droit doit s’appliquer à tout le monde, y compris à Pascal Bodjona. Si ça ne lui est pas appliqué, c’est certainement pour des motifs politiques.

RFI : Certains se demandent s’il n’as pas été arrêté pour avoir tenté de se rapprocher de l’opposition ces derniers mois, est-ce-que vous confirmez ?

J-P Fabre : M. Pascal Bodjona en tout cas n’a jamais tenté de se rapprocher de moi.

RFI : Voulez-vous dire qu’il voulait faire cavalier seul à la fois contre Faure Gnassingbé et contre vous-même ?

J-P Fabre : Ce n’est pas exclu, mais je n’en sais rien.

RFI : Jean Pierre Fabre, merci.

Source : RFI

Transcrit par la rédaction.

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