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Interview exclusive de Me Tchassona Traoré Mohamed, président du Mouvement Citoyen pour la Démocratie et le Développement (MCD, opposition)

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« Les gens croient que l’opposition aujourd’hui travaille en désespoir de cause (…). Nous agissons en hommes responsables et nous savons ce que notre pays veut », a affirmé Me Tchassona Traoré Mohamed, président du Mouvement Citoyen pour la Démocratie et le Développement (MCD, opposition). Dans une Interview exclusive à l’Agence Savoir News Me Tchassona a abordé plusieurs sujets notamment les prochaines élections, le boycott des discussions par la coalition « Arc-en-ciel » et la récente proposition du Nouvel Engagement Togolais (NET) pour une sortie de crise.

Savoir News : Comment se porte aujourd’hui le MCD ?

Me Tchassona Traoré Mohamed : Le MCD se porte très bien. On continue par travailler sur le terrain à s’implanter, à préparer les populations pour les prochaines élections. Nous travaillons en interne au niveau du MCD, nous travaillons dans le cadre de la coalition « Arc-en-ciel » et nous travaillons également pour aboutir à de bonnes conditions des prochaines élections au Togo, afin qu’elles ne souffrent d’aucune contestation.

Savoir News : Est-ce que vous vous sentez bien à l’aise au sein de la Coalition « Arc-en-ciel » ?

Me Tchassona Traoré Mohamed : Je ne sais ce que vous entendez par se +sentir bien+. On n’a pas vocation à nous retrouver dans des endroits où nous ne nous retrouvons pas. Si nous sommes dans la coalition +Arc-en-ciel+, c’est que nous avons voulu y être et on se sent très à l’aise dedans. Il n’y a aucun problème, nous travaillons ensemble pour décider de la stratégie du groupe, pour faire aboutir ce pourquoi nous nous sommes mis ensemble. (…). Le MCD est à l’aise au sein de la coalition et on contribue efficacement à faire avancer les choses au sein de « Arc-en-ciel ».

Savoir News : D’aucuns s’étonnent aujourd’hui de voir la coalition « Arc-en-ciel » dans les rues aux côtés du CST, car la plupart des partis représentés au sein de cette coalition ont toujours opté pour le dialogue en vue d’une sortie de crise. Que répondez-vous à ceux-là ?

Me Tchassona Traoré Mohamed : Les gens croient que l’opposition aujourd’hui travaille en désespoir de cause. Mais, non. Nous agissons en hommes responsables et nous savons ce que notre pays veut. Nous ne sommes pas des pyromanes pour dire voilà : on va mettre le feu au pays. Ce n’est pas là, notre objectif. Mais, il arrive des fois qu’il faut hausser le ton pour faire entendre raison à ceux qui gouvernent lorsqu’il n’y a pas d’autres moyens pour y arriver. C’est ce qu’on traduit par la liberté d’expression, de manifestations. Ce sont des choses normales qui sont contenues dans notre constitution et que tous les citoyens peuvent en user. Donc, on ne peut nous faire le reproche d’avoir choisi telle ou telle méthode. Les méthodes s’imposent à nous en fonction de la réponse que celui qui gouverne oppose à la réalité socio-économique de notre pays. Ce n’est pas des choix aussi faciles à faire. Nous avons écouté des sirènes ces derniers temps qui nous parlent, de ce que, seuls les syndicats manifestent dans les rues et que les partis politiques ne le font pas. Bien sûr, mais dans des pays normaux où les institutions fonctionnent normalement, où les gens ne trichent pas pour arriver au pouvoir, où les gens ne veulent pas à tout prix se maintenir au pouvoir. Mais, on n’est pas dans un pays normal au Togo. Donc on ne peut pas demander aux partis politiques de se comporter comme si on n’était dans un pays normal.

Savoir News : Le CST exige aujourd’hui le départ de Faure Gnassingbé. Etes-vous dans la même logique ? Quelle appréciation faites-vous de cette exigence de « Sauvons le Togo » ?

Me Tchassona Traoré Mohamed : Vous savez, cette exigence découle tout simplement d’un constat : est-ce que le Président Faure Gnassingbé a besoin qu’on arrive à cette requête. A un moment donné, il faut savoir s’arrêter et dire : j’ai eu beaucoup de chance en tant que togolais. J’ai été président de la république à la suite de mon père qui a fait presque 40 ans au pouvoir. Je suis en train de boucler bientôt dix ans, il faut que je cède le pas à d’autres. Mais lorsqu’à tout prix, on veut se maintenir au pouvoir, parce qu’on veut satisfaire certains profiteurs et qui sont la cause de nos problèmes, la situation devient compliquée. Aujourd’hui, qu’est-ce que ce régime peut encore démontrer sur le terrain du développement ? Nous demandons le départ de Faure Gnassingbé, parce qu’il ne peut rien apporter à ce peuple. Nous demandons leur départ parce qu’ils ont fraudé avec la volonté du peuple. Le peuple a voté une constitution consensuelle en 1992, les gens se sont arrangés entre eux au niveau du parlement pour la modifier en vue de se maintenir au pouvoir. Cette fraude ne peut pas perdurer. Il ne faut pas donner de la prime à ce genre de situation, il faut qu’ils partent.

Savoir News : Les élections se profilent à l’horizon. Comment se prépare le MCD sur le terrain ?

Me Tchassona Traoré Mohamed : Nous sommes sur toute l’étendue du territoire et nous travaillons pour affiner nos listes. Nous travaillons d’arrache-pied avec les moyens de bord, mais pour aller à ces élections, il faudrait que le cadre soit approprié pour qu’il n’y ait plus de contestations. Quand on voit la situation socio-économique de notre pays, la précarité dans laquelle nous évoluons, on se pose la question de savoir comment préparer sereinement ces élections et la remporter face à un système aussi roublard et corrompu. Un système qui ne veut rien céder sur le passage, c’est la guerre de David contre Goliath

Savoir News : Vous parliez tantôt d’un cadre approprié. Es-ce à dire que vous n’irez pas à ces élections sans ce « cadre approprié » ?

Me Tchassona Traoré Mohamed : Ce serait difficile d’amener des gens à jouer encore cette comédie électorale où le résultat est connu d’avance. Ce n’est pas la peine d’aller aux élections dans cette situation. Il faut arrêter cette comédie qui a trop duré. Le Togo est un pays très pacifique. Nous devons organiser les choses comme il faut. Si nous perdons, nous partons, au lieu de vouloir toujours par des artifices, se maintenir au grand dam de la population et à la barbe de la communauté internationale. Aujourd’hui, nous sommes la risée de tout le monde. Le Togo est à la traine sur tous les plans : nous n’avons plus d’institutions crédibles. On a une administration qui n’a plus du répondant par rapport à ce qu’il faut attendre. On a des poches de pauvreté qui sont devenues des océans de pauvreté. Alors, il faut faire attention. Il faut arrêter.

Savoir News : Le Nouvel Engagement Togolais (NET) de Gerry Taama vient de faire une proposition de sortie de crise : Un autre cadre de discussions qui sera présidé par des autorités religieuses du Togo. Quel est votre commentaire ?

Me Tchassona Traoré Mohamed : Le problème du Togo aujourd’hui, c’est qu’on a connu des dialogues et cela explique l’état d’esprit des togolais qui sont prêts à pardonner. Sinon, on ne serait pas au 17e dialogue. Aujourd’hui, nous voulons que le prochain dialogue, soit le dernier. Il faut d’abord s’interroger sur les causes pour lesquelles les autres dialogues n’ont pas apporté de solutions à la crise au Togo. Ce n’est pas parce que les gens n’ont pas trouvé de compromis pendant les dialogues, mais juste après, ceux qui sont chargés de l’application des conclusions font autre chose. On met les conclusions dans les tiroirs. Voilà toutes les difficultés qu’on a dans ce pays et qui font que, les gens ont de plus en plus du mal à accepter qu’il y ait encore de dialogue. Je réponds maintenant à votre question. Prenons l’exemple de la Commission Vérité, Justice et Réconciliation (CVJR) qui a produit un travail formidable, alors qu’au début tout le monde était réticent. Nous saluons l’esprit de grandeur de Mgr Nicodème Barrigah et son équipe. Mais pour la mise en œuvre des conclusions des travaux de cette commission, qu’est-ce qu’on en fait aujourd’hui. Ces conclusions dorment dans des tiroirs. Voilà les choses qui nous font douter. Vous parlez d’hommes d’églises et autres, dites-moi honnêtement aujourd’hui qui vous connaissez dans nos structures religieuses, et qui sont beaucoup plus indépendantes au niveau de leur esprit et de leur comportement pour pouvoir conduire un dialogue et faire ensuite pression sur le gouvernement pour la mise en œuvre immédiate des conclusions ? Pour le moment, on n’en a pas.

Savoir News : Des Togolais ont commémoré le 5 octobre dernier, le 22e anniversaire du soulèvement populaire. Le bilan est mitigé, selon certains observateurs, pas d’alternance. Est-ce qu’aujourd’hui, on peut reprocher quelque chose à l’opposition ?

Me Tchassona Traoré Mohamed : Bien sûr, on peut nous reprocher des choses. Comme reproches à l’opposition, c’est d’avoir dispersé souvent ses énergies. Le fait que des partis politiques pensent qu’ils peuvent, seuls, conduire le processus. Fort heureusement, nous sommes en train de corriger le tir pour nous entendre. Aujourd’hui, il y a deux grands mouvements réunissant des partis politiques et des associations de la société civile. C’est déjà un bon début. Nous devons mutualiser nos efforts, il faudrait qu’il y ait une coordination au niveau de nos revendications et qu’on ait une hauteur de vue en visant essentiellement l’intérêt de la population. FIN

Propos recueillis par Lambert ATISSO

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