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Interview de Kodjo AGBEYOME, Président de OBUTS : « Pour nous (…) le nombre de députés dans la nouvelle législature doit être fixé à 110

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« Dans les semaines à venir, il y aura un dialogue ; nous irons à ce dialogue ». Ainsi prophétisait AGBEYOME Messan Kodjo au cours du meeting conjoint du collectif Sauvons le Togo (CST) et de la coalition Arc-en-ciel tenu le 27 octobre dernier à la Place de l’Indépendance de Lomé en vue de protester contre la désignation par les députés togolais d’une partie des membres devant composer la nouvelle Commission électorale nationale et indépendante (CENI).

Dans un entretien qu’il a accordé à un reporter de l’Agence Afreepress, le président de l’OBUTS, AGBEYOME Messan Kodjo explicite encore mieux son idée et demande des élections « apaisées » et « consensuelles », des conditions qui, selon lui, pourraient motiver l’opposition à s’engager dans la bataille électorale.

« OBUTS est décidée à prendre part aux prochains scrutins et reste convaincue que le pouvoir prendra les mesures idoines pour convaincre tous les acteurs politiques que l’égalité, la transparence et la vérité des urnes seront les valeurs normatives des prochaines élections, en prenant en compte les revendications que nous avons formulées », a-t-il confié à l’Agence Afreepress et de demander que le nombre de sièges au sein de la nouvelle Assemblée soient porté à 110 au lieu de 83 comme convenu par le gouvernement et une partie de ses partenaires. Lire l’intégralité de l’entretien.

Afreepress : Quelle lecture faites-vous de la composition et de la mise en place de la nouvelle commission électorale nationale indépendante CENI ?

AGBEYOME Kodjo : Mépris, provocation et volonté délibérée de suicide collectif !

Dans un pays comme le nôtre aussi bien traumatisé et corseté par la misère que révulsé par l’inégale répartition des richesses nationales, l’éthique républicaine voudrait qu’on atténue la tension sociale palpable au lieu de vouloir s’engager dans une voie sans issue qui provoquera à terme, des spasmes violents qui abimeront davantage la cohésion et la paix sociale. Il n’a échappé à personne que cette CENI est l’émanation d’une loi électorale votée unilatéralement en mai dernier par l’Assemblée nationale, et qui a fait l’objet de vives controverses en raison de la violation des dispositions pertinentes de l’article 2 du protocole de la CEDEAO sur la démocratie et la bonne gouvernance.

Par ailleurs, les manifestations qu’ont provoquées le vote de la loi électorale et celle du découpage électoral qui discrimine le vote des électeurs devraient normalement amener le pouvoir à faire le choix de l’apaisement social plutôt que de la violence.

Preuve donc est faite qu’une CENI contestée avec des membres proches du pouvoir et loin d’être au-dessus de tout soupçon est une illustration de plus de la gravité de l’autisme politique dont souffrent les tenants du pouvoir, hostiles à tout véritable dialogue politique et social.

Afreepress : Allez-vous néanmoins collaborer avec cette CENI ?

AGBEYOME Kodjo : Comment voulez-vous qu’une formation politique digne de ce nom s’engage dans un processus électoral sans disposer de représentant au sein de la CENI et ses démembrements contrairement à d’autres partis inconnus sur le terrain, et pourtant représentés au sein de la même CENI et ses démembrements ?

En installant une CENI partisane et déséquilibrée acquise à sa seule cause, le pouvoir n’a qu’une obsession, celle de s’arroger une victoire au mépris du suffrage populaire, quoiqu’il en coûte sur le plan politique et social.

Afreepress : Êtes-vous d’avis avec ceux qui pensent qu’avec cette composition de la CENI, le Togo se dirige vers un mur si les élections sont organisées dans ces conditions ?

AGBEYOME Kodjo : N’est ce pas du bon sens élémentaire ? J’espère vivement que le pouvoir entendra raison, et retrouvera la voie de la sagesse et de l’éthique républicaine. Personne ne peut souhaiter au peuple togolais la perpétuation du récurrent cycle infernal et régressif qui structure les scrutins électoraux au Togo : élection-contestation-répression-négociation. C’est pourquoi il urge en cette fin de législature de l’Assemblée nationale actuelle que les négociations soient engagées ici et maintenant avec beaucoup de hauteur pour convenir ensemble de la manière de dérouler le processus électoral dans un climat apaisé et s’assurer que les suffrages exprimés par le peuple souverain soient bien respectés afin que cesse la contre-vérité des urnes au Togo.

Afreepress : Irez-vous à ces élections avec le découpage actuel ?

AGBEYOME Kodjo : D’abord sur la question il y a déjà une confusion qui mérite clarification. Il y a déjà une loi votée en juin dernier par l’Assemblée nationale qui fixe le nombre de sièges dans la nouvelle législature à 91, et une recommandation du dernier dialogue-monologue de septembre passé entre le pouvoir et ses affiliés qui en fixe le nombre à 83.

Pour s’engager avec assurance dans une compétition, il faut au préalable des règles de jeu claires. Ce qui est loin d’être le cas pour l’heure, et bien malin celui qui saura deviner ce que le pouvoir a réellement l’intention de faire !

Pour nous sur la base démographique des résultats du recensement général de la population et de l’habitat de 2010, le nombre de députés dans la nouvelle législature doit être fixé à 110. Si au cours des négociations il y a des raisons sérieuses d’en diminuer le nombre nous aviserons, mais il n’est pas digne et décent que pour des calculs politiciens le pouvoir décide unilatéralement dans le mépris total de l’intérêt supérieur de la Nation du nombre des élus devant représenter le Souverain Peuple togolais.

Afreepress : Et pourtant vos adversaires politiques au pouvoir ne veulent pas entendre parler de réformes constitutionnelles et institutionnelles avant les prochaines élections…

Agbéyomé Kodjo : Ils se trompent lourdement en voulant faire des élections avant les réformes pourtant actées dans l’APG depuis 2006. Faure GNASSINGBE ne peut plus faire l’économie d’un vrai dialogue sérieux dont les conclusions soient immédiatement applicables avant la tenue des prochaines élections. Il faut que cesse définitivement dans la pratique politique au Togo, le recours à des négociations comme des variables d’ajustement destinées, in fine, à entériner les fraudes électorales et le viol répétitif de la volonté du Souverain Peuple togolais.

Afreepress : OBUTS ira — elle aux prochaines élections si les conditions d’organisation ne sont pas assainies ?

Agbéyomé Kodjo : OBUTS est décidée à prendre part aux prochains scrutins et reste convaincue que le pouvoir prendra les mesures idoines pour convaincre tous les acteurs politiques que l’égalité, la transparence et la vérité des urnes seront les valeurs normatives des prochaines élections, en prenant en compte les revendications que nous avons formulées.

Afreepress : Dans ce cas, maintenez-vous toujours votre exigence de départ de Faure du pouvoir ?

Agbéyomé Kodjo : Je garde espoir que Faure GNASSINGBE trouvera les moyens de calmer la tempête Denyigba qui contrairement à la tempête Sandy aux États-Unis, peut être contenue au risque d’emporter le cœur de l’État si des mesures de sagesse ne sont pas prises sans délai, car comme il est écrit dans le livre de la sagesse : « craignez l’Éternel, car le vent devient poison pour l’homme qui se croit au-dessus et manque d’humilité ».

Dans tous les cas, nul n’échappe à son destin, et à Faure de marquer positivement l’histoire !

David B.

afreepress

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