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Interview de Kao Atcholi, SG de l’ASVITTO : « Le chef de l’Etat a tenté de nous acheter, au lieu de chercher à régler les vrais problèmes »

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Suite aux bruits qui courent depuis une dizaine de jours selon lesquels Faure Gnassingbé, fidèle à ses habitudes, aurait offert des millions de francs à se partager aux victimes de torture dans l’affaire d’atteinte à la sûreté de l’Etat, en vue d’acheter leur conscience, au lieu de s’atteler aux multiples problèmes que connaît le pays et parmi lesquels, ceux de la torture, nous avons rencontré le Secrétaire Général de la jeune association des victimes de torture au Togo.

Un membre du Bureau exécutif de l’ASVITTO est même cité comme faisant partie de ceux qui se sont laissé acheter la conscience. Voici ce que Monsieur Atcholi Kao, le SG de cette association nous a confié.

Liberté-togo :Monsieur le SG, comment se porte ASVITTO ?

ASVITTO se porte très bien !

Liberté-togo :Pourtant certains estiment que votre association serait en voie d’éclatement.

Atcholi Kao :Je sais à quoi vous voulez en venir. Parce que l’un des membres de notre association, et pas simplement un membre de l’association, mais un membre du B.E aurait pris de l’argent du chef de l’Etat ?

Liberté-togo :Justement ! Pourriez-vous nous dire celui qui a osé faire ça, alors qu’ASVITTO n’a que quelques mois d’existence ?

Atcholi Kao :Pour répondre à votre préoccupation, je dirais d’abord qu’une seule hirondelle ne fait pas le printemps. De la même manière, une seule personne dans tout un Bureau exécutif ne peut pas conduire notre association à l’éclatement, surtout s’il n’est pas à un poste aussi stratégique que celui de la présidence ou encore du secrétariat général. C’est pourquoi, je vous ai répondu qu’ASVITTO se porte très bien. Pour le nom, je vous dirais que cela n’a pas d’importance. Mais sachez simplement qu’un membre du B.E s’est livré à cette forfaiture.

Liberté-togo :Comment cela s’est-il passé ? En d’autres termes, dites-nous comment vous est arrivée l’information selon laquelle le chef de l’Etat cherchait à vous rencontrer.

Atcholi Kao :Moi personnellement, j’ai été contacté par l’adjudant Tcharé qui m’a dit que le chef de l’Etat voudrait nous recevoir, nous les victimes de torture dans l’affaire de ce faux coup d’Etat. Je lui ai dit que moi je n’étais pas concerné. Il m’a dit que c’est le chef de l’Etat qui est la solution et qu’il fallait aller le rencontrer. Le président et moi, nous avons décliné l’invitation. C’était pour le 21 octobre passé.

Liberté-togo :Qui d’entre vous étaient présents à ce rendez-vous avec le chef de l’Etat ?

Atcholi Kao :Tout ce que je sais, c’est que le chef de l’Etat aurait souhaité voir le Commandant dans la délégation (ndlr : Amah Olivier). Et lorsqu’il aurait appris qu’il ne serait pas de la délégation, connaissant au départ à peu près l’objet et l’issue de cette rencontre avec le chef de l’Etat, et étant donné que plusieurs fois déjà, des émissaires avaient tenté de convaincre moi-même ainsi que le Commandant de revenir à de meilleurs sentiments, le chef de l’Etat a simplement remis des millions à aller distribuer à raison de deux par tête à ceux qui avaient été arrêtés dans l’affaire Kpatcha, torturés puis libérés. Nous avons tous tenu bon. C’est ce qui a fait que, entre-temps certains ont fait l’objet de menaces de mort parmi nous.

Je ne peux pas vous dire qui étaient prêts pour cette rencontre avec le chef de l’Etat et qui n’ont pas été reçus finalement. Une chose est sûre, c’est que la rencontre a capoté pour la raison que j’ai déjà évoquée.

Liberté-togo :Peut-on dire que la dispersion et la répression violente du sit-in de mardi étaient une résultante de ce cinglant camouflet, surtout que le président d’ASVITTO avait été personnellement visé ainsi que quelques membres du B.E ?

Atcholi Kao :C’est bien possible ; et ce n’est pas du tout exclu.

Liberté-togo :Si vous aviez un mot à l’endroit du chef de l’Etat, que lui diriez-vous ?

Atcholi Kao :Je considère que nous ne pouvons pas être victimes de cette grave injustice dans l’affaire d’un faux coup d’Etat et que, au lieu que le chef de l’Etat trouve les bons remèdes à notre situation de victimes d’injustice et de torture, il cherche aujourd’hui à nous corrompre pour obtenir notre silence.

Je dénonce ce mépris du chef de l’Etat par rapport à la situation dont nous sommes victimes. Je dénonce aussi sa volonté de diviser les victimes de torture au Togo. Car il n’y a pas que les victimes de torture dans l’affaire Kpatcha. Il y a aussi toutes les autres victimes. Ce que moi personnellement je demande, c’est la satisfaction des différents points de nos revendications. Le chef de l’Etat doit s’impliquer personnellement à faire soigner tous les malades qui sont encore en prison dans cette affaire et souffrent de graves malaises comme le Capitaine Adjinon et bien d’autres.

Liberté-togo : A l’endroit de vos collègues qui ont pris les deux millions de francs chacun ?

Atcholi Kao : A ceux-là, je dis qu’ils ne peuvent pas porter un coup dur à ASVITTO et que nous qui avons conçu et porté sur les fonts baptismaux cette association, nous sommes guidés par une forte conviction : celle d’œuvrer à l’éradication totale de la torture dans notre pays. Ainsi, nous sommes sûrs qu’après nous, nos enfants ne subiront pas eux aussi ces genres de traitements inhumains et dégradants au Togo. Ceux qui ont pris ces sous, ont une lourde responsabilité. Nous, nous ne sommes pas dedans.

Je termine en ajoutant, que si certains membres du SYNPHOT ont su dire non à 250 millions de francs CFA que le pouvoir leur avait proposés pour les amener à abandonner leurs justes revendications, pourquoi les victimes de tortures, je dis bien victimes de tortures que nous sommes, ne le ferions-nous pas ? Je laisse chacun avec sa conscience.

Interview réalisée par Pascal Séwa (stagiaire)

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