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INTERVIEW de Jean Pierre FABRE : “Je vais me battre pour récupérer la présidence”

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Quatorze mois après la présidentielle à l’issue de laquelle le Président Faure Gnassingbé déclaré élu avec une amélioration de son score de 2005 et des macchabées en moins, son challenger Jean-Pierre Fabre n’en démord pas : on lui a volé sa victoire et il compte bien la récupérer fût-ce à coups de marches et d’actions multiformes.
C’est qu’entre-temps beaucoup de choses se sont passées, à commencer par la césure entre le fils spirituel et le père Gilchrist Olympio, qui a rejoint le pouvoir en place. Un comportement qualifié de “destructeur” par le désormais leader de l’Alliance nationale pour le changement (ANC), qui évoque dans le présent entretien le congédiement inique de ses députés, le viol quotidien de la Constitution, sans oublier le bilan, quasi nul, du chef de l’Etat…
Comme toujours, c’est un réquisitoire contre le régime avec tout de même un style moins véhément que dans les meetings.

Que devient Jean-Pierre Fabre depuis la présidentielle du 4 mars 2010 que vous avez perdue face à Faure Gnassingbé ?

J.P.F. : Je vous prie de ne pas dire que j’ai perdu la présidentielle de mars 2010 face à Faure Gnassingbé. Car, il est de notoriété publique que je suis le réel vainqueur de cette élection et que la proclamation de Faure Gnassingbé comme élu à la suite de ce scrutin n’est que la continuation des manœuvres frauduleuses dont le régime en place est coutumier. Si Faure Gnassingbé avait remporté cette élection pourquoi a-t-il fait saisir par la gendarmerie les procès-verbaux qui étaient en ma possession et dont la compilation prouvait ma victoire ?

Que devient Jean-Pierre FABRE ? Je suis toujours là et plus que jamais déterminé à œuvrer à l’instauration de l’Etat de droit et de la démocratie dans mon pays, le Togo.

J’ai quitté l’UFC, parti dans lequel je me suis battu pendant une vingtaine d’années contre le pouvoir RPT, et j’ai créé avec la totalité des membres de l’UFC un nouveau parti, l’Alliance nationale pour le changement (ANC), dont je suis le président. Nous sommes le premier parti de l’opposition parlementaire et nous sommes reconnus comme le porte-flambeau de la lutte pour la libération des populations togolaises du joug du clan Gnassingbé.

Quant à l’UFC, notre ancien parti, ce n’est plus aujourd’hui qu’une coquille vide, dirigée par une personne, Gilchrist Olympio, dont la seule obsession est de nuire à ses anciens camarades de lutte, qui n’en ont cure.

Vu ce qui s’est passé au sein de votre ancien parti, l’UFC, et vu le contexte de 2010, Faure Gnassingbé avait vraiment besoin de frauder pour vous battre ?

J.P.F. : (Rires). Je trouve votre question très bizarre. Si Faure Gnassingbé pouvait remporter une élection digne de ce nom, c’est-à-dire libre et honnête, pourquoi a-t-il cru devoir faire un coup d’Etat le 7 février 2005, au lieu d’attendre tranquillement l’application de la Constitution et l’organisation d’une élection présidentielle dans les 60 jours au plus tard ? Si Faure Gnassingbé pouvait remporter une élection présidentielle, pourquoi a-t-il cru devoir procéder, après la présidentielle de 2005, au massacre d’environ 500 personnes selon le chiffre officiel du rapport d’établissement des faits de la Commission Doudou Dienne de l’ONU ?

Il est clair pour tous que Faure Gnassingbé, comme toute personne se réclamant du régime RPT, ne peut accéder au pouvoir que par la violence et la fraude électorale.

Vous me demandez ce qui s’est passé à l’UFC. C’est très simple, c’est la conséquence logique de ce que nous avons appelé l’exercice solitaire du pouvoir par Gilchrist Olympio à la tête de l’UFC et surtout de sa décision unilatérale de rejoindre, avec armes et bagages, le gouvernement dans un prétendu gouvernement de partage du pouvoir sans l’assentiment du Bureau national de l’UFC.

Je vous accorde que Faure Gnassingbé a commis une forfaiture le 7 févier 2005, mais après cela et face à la réprobation internationale, il a remis le mandat présidentiel en jeu !

J.P.F. : Non, il est juste ressorti par la porte pour revenir par la fenêtre. Il savait, au moment où il quittait le pouvoir le 25 mars 2005, qu’il allait procéder par la fraude quelques semaines plus tard pour y revenir. Il n’a pas remis son mandat en jeu. Il a fraudé en 2005 comme il a fraudé en 2010. Je vous répète que M. Faure Gnassingbé ne peut jamais gagner des élections libres, équitables, transparentes et démocratiques au Togo.

Je vais être plus précis sur ce problème : à la présidentielle de 2010, vous n’avez pas obtenu le feu vert du candidat naturel de l’UFC, Gilchrist Olympio, empêché par un mal lombaire. Vous avez été comme le candidat par défaut de l’UFC et de la coalition le Front républicain pour l’alternance et le changement (FRAC). Bref, il y a eu trop de micmacs au sujet de votre candidature.

J.P.F. : Non. Il n’y a eu aucun micmac autour de ma candidature. M. Gilchrist Olympio, qui a été désigné lors du congrès de juillet 2008 pour porter le flambeau du parti, a été victime d’un grave accident qui l’a immobilisé aux USA. Le parti a désigné de façon régulière un autre candidat. Dans le parti, il n’y avait aucun problème. C’est M. Olympio seul qui a voulu créer toutes ces difficultés après ma désignation. L’UFC, ayant constaté que M. Olympio était dans l’incapacité de remplir les conditions édictées par la Constitution pour être candidat, en a désigné un autre en ma modeste personne. C’est cette option que M. Olympio n’a pas acceptée et qui explique son attitude après.

Justement, comment expliquez-vous ce refus de Gilchrist Olympio à votre égard ?

J.P.F. : C’est quelque chose d’absolument incompréhensible. Ne pouvant être candidat, il s’est employé dès le début à empêcher toute candidature au sein de son propre parti, allant jusqu’à me proposer à Paris d’aller dire au Bureau national du parti de soutenir la candidature de Me Yaovi Agboyibo du CAR. Evidemment, j’ai refusé d’être le porteur d’un tel message, mais j’ai informé le Bureau national de l’attitude de M. Gilchrist Olympio. Son comportement par la suite sera encore plus incompréhensible : M. Olympio a décidé tout seul au nom du parti, sans l’aval du Bureau national, d’entrer en discussion avec le pouvoir RPT pour obtenir 7 ministres au sein du gouvernement. Aujourd’hui, Gilchrist Olympio n’a aucun scrupule à participer à un pouvoir qui viole régulièrement la Constitution et les lois de la République. Quel changement, hein ?

Gilchrist Olympio affirme qu’en matière de lutte politique, il n’a pas de leçons à recevoir d’une tierce personne, surtout pas de Jean-Pierre Fabre.

J.P.F. : Je suis suffisamment humble et lucide pour savoir qu’en politique comme dans la vie, il faut éviter, quelles que soient les circonstances, toute posture de donneur de leçons. De plus, Monsieur Gilchrist Olympio est le genre de personne à qui je ne perdrai pas mon temps à tenter de donner des leçons.

Vous concédez tout de même qu’il est l’icône de l’UFC ?

J.P.F. : Je dois reconnaître que M. Gilchrist Olympio jouissait d’une popularité incommensurable au Togo. Aujourd’hui, il ne reste plus rien de cette popularité. C’est parce que M. Gilchrist Olympio s’est mépris sur les raisons de l’adulation dont il était l’objet de la part des populations. Il a cru qu’il était adulé en raison de sa personne, alors qu’il l’était en raison de la cause qu’il incarnait.

Et puis, vous savez, quand une icône atteint le niveau de la désolation où se trouve aujourd’hui M. Gilchrist Olympio, n’est-il pas permis de s’interroger sur la «réalité» de l’icône ? Etait-il une icône réelle ou une icône de pacotille ?

Nous sommes un certain nombre de camarades à avoir fabriqué l’UFC, à l’avoir fait grandir sur le terrain, tandis que M. Olympio était hors du Togo. Je reconnais qu’il avait une notoriété certaine. Mais ça ne l’exonère pas de ses responsabilités vis-à-vis du parti. Quand on est membre d’un parti, on ne décide pas tout seul.

C’est pour l’instauration de la démocratie que nous luttons tous, inlassablement. Cette démocratie, il faut la pratiquer au sein de son parti. Si on ne peut pas appliquer la démocratie au sein de son parti, c’est qu’on en est incapable au niveau national. Donc on n’est pas apte à diriger un pays. M. Olympio, par cette attitude, a démontré, malgré son ancienneté dans la lutte, qu’il n’a rien appris, et qu’il est même dangereux pour la démocratie. Ça veut dire que si M. Gnassingbé Eyadéma n’avait pas fraudé lors de la présidentielle de 1998, gagnée par M. Gilchrist Olympio, ce dernier aurait dirigé notre pays de la manière la plus autoritaire. Je répète que, incapable de diriger démocratiquement un parti, on ne peut diriger démocratiquement un pays.

Vous avez alors créé l’ANC. Pourquoi n’êtes-vous pas resté avec vos camarades dans l’UFC pour mener la lutte, car dans tout parti, il y a des courants ?

J.P.F. : Comment aurions-nous pu le faire alors que M. Olympio, tout en étant ultraminoritaire, tentait d’imposer ses vues au parti ? Et qu’il bénéficie de la contribution du parti au pouvoir, le RPT, pour détruire l’UFC… ?

Ce que vous dites, c’est un peu fort de café, il veut détruire le bébé qu’il a enfanté ?

J.P.F. : Oui. N’ayant pas vu le bébé grandir, il n’a aucune affection pour lui. C’est nous qui avons fait de l’UFC ce qu’elle a été. Sans l’inlassable travail de terrain abattu, l’UFC n’aurait pas eu le poids et la popularité qu’elle a connues. La preuve, nous sommes partis, et l’UFC n’est plus rien aujourd’hui. A partir du moment où nous nous sommes rendu compte de l’attitude de Gilchrist Olympio, nous avons fait un congrès et nous l’en avons exclu…

Il y a eu plutôt deux congrès, puisque lui aussi a fait un congrès et vous a exclus ?

J.P.F. : Oui. Les décisions de notre congrès ont été rejetées par le ministère de l’Administration territoriale. Par contre, les décisions de son congrès à lui ont été acceptées par le même ministère. Nous avons donc été exclus.
A partir de ce moment-là, il ne nous restait pas d’autres possibilités que de créer un autre parti politique. Pratiquement, la totalité du Bureau national était de notre côté. L’ANC se retrouve donc avec pratiquement plus de 95% du Bureau national de l’ancienne UFC.

Après le scrutin de mars 2010, vous avez instauré des marches qui devaient avoir lieu tous les samedis jusqu’à ce que Faure reconnaisse votre victoire. Ces marches se poursuivent-elles ?

J.P.F. : Elles se poursuivent encore et les marches ne cesseront que lorsque nous aurons récupéré la victoire de Jean-Pierre Fabre ; vous savez, il faut que nous montrions au pouvoir que la violence ne nous empêchera pas de contester sa gouvernance. Il faut que nous prouvions aux populations togolaises que lorsqu’on veut quelque chose, on se bat pour l’obtenir.

Vous croyez toujours qu’elles peuvent aider à récupérer la présidence ?

J.P.F. : Si je ne croyais pas qu’elles entraîneront indubitablement la récupération de ma victoire, je ne continuerais pas. J’y crois fermement.

Si vous aviez à juger ce second mandat de Faure Gnassingbé, que direz-vous ?

J.P.F. : C’est le néant ! Circulez, il n’y a rien à voir. Faure Gnassingbé parle de réformes politiques, mais ne fait rien. Nous avons toujours critiqué sa manière de gouverner, sans être suivis par la communauté internationale. Aujourd’hui cela a changé. Nous sommes satisfaits de la prise de position de cette communauté vis-à-vis de la gouvernance togolaise.

Le 6 juillet 2011, l’ambassadeur des Etats-Unis d’Amérique a prononcé, à l’occasion de la célébration de l’anniversaire de l’indépendance des USA, une allocution dans laquelle il a dénoncé la corruption, l’impunité, les graves atteintes aux droits humains, les violations de la Constitution, les violences politiques, etc.

Une semaine après le 14-Juillet, l’ambassadeur de France a également dénoncé, certes de manière plus diplomatique, les mêmes dérives en y ajoutant le non-respect des mandats parlementaires, c’est-à-dire l’exclusion des députés de l’ANC dont moi-même, de l’Assemblée nationale. A partir de ce moment, ce n’est plus l’opposition togolaise qui crie à l’immobilisme, au refus par le pouvoir en place de mettre en œuvre les réformes constitutionnelles et institutionnelles prévues par l’Accord Politique Global (APG), négocié d’ailleurs ici à Ouaga sous l’égide du président Blaise Compaoré, mais aussi des ambassadeurs accrédités dans notre pays. Ainsi, l’ambassadeur de France a affirmé que le dialogue politique nécessaire aux réformes politiques n’a pas eu lieu. Donc ces réformes n’ont pas eu lieu. Alors que le pouvoir RPT/UFC prétend le contraire.

Sur cette exclusion de députés du Parlement, on a parlé de lettres de démission en blanc que vous auriez signées avant les législatives d’octobre 2007. Qu’en est-il ?

J.P.F. : Oui, le parti UFC, dans lequel nous étions, avait demandé aux candidats aux élections législatives de signer des lettres de démission en blanc, c’est-à-dire des lettres non datées. C’était une sorte de pression psychologique destinée à empêcher les députés de « transhumer » vers le parti au pouvoir une fois élus.

Mais lorsqu’il y a eu ces problèmes au sein de l’UFC, nous n’avions pas d’autres solutions que de quitter le parti. C’était le 10 octobre 2010 et nous avons estimé qu’on ne trahissait en rien l’esprit de ces clauses-là, puisque nous n’allions pas vers le RPT. C’est M. Gilchrist Olympio qui, lui, a enfreint la règle que nous nous sommes imposée, qui a envoyé ces lettres au président de l’Assemblée nationale.

Nous avons signé ces lettres de démission le 30 août 2007, soit deux mois avant les législatives d’octobre 2007. La lettre de démission en blanc est une pratique contraire au principe de l’interdiction du mandat impératif.

La Constitution du Togo en son article 52, tout comme la Constitution de plusieurs pays d’Afrique noire francophone (Bénin, Burkina, Côte d’Ivoire, Mali, Sénégal), interdit cette pratique. Ça veut dire qu’une lettre de démission en blanc signée par un élu n’a aucun effet lorsqu’elle est remise par quelqu’un d’autre au président de l’Assemblée où siège l’élu. M. Olympio a produit ces lettres de démission en blanc, sans aucune date, en novembre 2010 et l’Assemblée nationale du Togo les a adressées à la Cour constitutionnelle, qui a exclu les députés ANC de l’Assemblée nationale. Mais je puis vous dire que là-dessus, nous avons remporté une victoire importante, puisque l’Union interparlementaire (UIP), qui est l’association mondiale des Parlements, a déclaré dans sa décision prise à Parama en avril 2011 que c’est une violation de la Constitution du Togo et que ces lettres de démission n’avaient aucune valeur légale.

La Cour constitutionnelle du Togo a répondu en disant que ses décisions sont sans appel ?

J.P.F. : Si c’est la seule réponse de la Cour Constitutionnelle, c’est qu’elle reconnaît qu’elle a commis une forfaiture. Car tout le monde sait que les décisions de la Cour constitutionnelle sont sans appel. Mais lorsque les instances d’un club, en l’occurrence l’Union interparlementaire, UIP, auquel vous avez adhéré sans contrainte, vous signalent que vos actes violent les principes du club, si vous êtes digne, de bonne foi, si vous ne voulez pas que l’on vous traite de voyou, vous devez vous soumettre aux décisions des instances de ce club. En fait, notre grande victoire, c’est d’avoir démontré aux yeux du monde que le régime togolais continue de bafouer les droits humains et la Constitution. C’est d’avoir réussi à démontrer que malgré les apparences, Faure Gnassingbé n’est pas différent de son père, et que, comme celui-ci, il viole les droits de l’homme et la Constitution. C’est d’avoir réussi à démontrer que, contrairement à ce que la communauté internationale a voulu croire, Gilchrist Olympio ne s’est pas associé à Faure Gnassingbé pour qu’il soit mis fin aux violations de la Constitution et des droits humains ; puisque non seulement M. Gilchrist Olympio participe à ces violations, mais surtout il les encourage en les initiant comme dans le cas de la révocation des mandats des députés ANC.

Si les décisions de la Cour constitutionnelle sont sans appel au Togo, elles ne s’imposent pas à la Cour de justice de la CEDEAO, que nous avons saisie dès décembre 2010. La Cour a siégé le 27 juin 2011 et a mis sa décision en délibéré pour le 27 septembre prochain. Nous attendons sereinement son verdict.

Que pensez-vous de l’affaire Kpatcha, qui défraie encore la chronique ? Peut-elle influencer d’une manière ou d’une autre la marche du pouvoir en place ?

J.P.F. : Sur cette affaire Kpatcha, nous avons été les premiers dès le début à dénoncer la procédure qui a abouti à son arrestation. M. Kpatcha Gnassingbé est un député à l’Assemblée nationale et il est détenu sans que son immunité parlementaire soit levée. Ce qui est une violation de notre Constitution et du règlement intérieur de l’Assemblée nationale. La détention de M. Kpatcha confirme tout ce que nous dénonçons depuis que M. Faure Gnassingbé est au pouvoir. Au Togo, on viole la Constitution tous les jours. Quand nous avons dénoncé cette arrestation, nous avons été sévèrement critiqué, même par des représentants de la communauté internationale dans notre pays. Aujourd’hui, ces personnes semblent mieux appréhender la réalité politique togolaise. Ainsi, dans son discours du 6 juillet dernier, l’ambassadeur des USA au Togo a dénoncé la détention arbitraire de M. Kpatcha. Nous ne soutenons pas M. Kpatcha, nous exigeons seulement le respect de la loi, de la Constitution. Et là-dessus nous ne transigeons pas. Si on veut maintenir M. Kpatcha Gnassingbé en détention, qu’on le juge dans le respect de la loi et qu’on démontre qu’il a violé la loi. Sinon, qu’on le libère.

Nous pensons que la détention de M. Kpatcha Gnassingbé ne peut manquer d’avoir une influence sur le pouvoir en place. Mais, même si je connaissais les effets de cette détention sur le pouvoir en place, je ne vous les dirais pas. Nous sommes des opposants et jouons notre rôle. C’est tout.

Interview réalisée par
Zowenmanogo Dieudonné Zoungrana

L’observateur Paalga

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