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Interview / Adjamagbo-Johnson de la CDPA : « L’alternance ne peut être effective qu’à travers la restauration de la limitation du mandat présidentiel avec effet immédiat »

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Suite à sa nomination au poste de Secrétaire générale par intérim de la Convention Démocratique des Peuples Africains (CDPA), MO5-TOGO a tendu son micro à Madame Kafui Brigitte Adjamagbo-Johnson. Elle nous parle du Professeur Gnininvi et nous livre la position du parti sur les questions politiques de l’heure, au Togo. Lisez :
MO5-TOGO.COM : Madame, vous êtes la Secrétaire Générale par intérim de la CDPA. Cette décision prise le 22 août, n’a été rendue publique que cette semaine. Dites nous ce qui s’était passé ?

Adjamagbo-Johnson : Il s’est passé quelque chose de normal dans la vie d’un parti politique. Il y a eu un départ du Secrétariat général ; pour pallier ce retrait qui intervient avant le congrès je suis nommée pour assurer l’intérim. Le temps mis pour publier cette décision n’a rien de spécial, le retard est lié au fonctionnement de notre secrétariat administratif qui a pris du temps pour mettre en forme la décision et surtout distribuer le courrier. Mais je vous fais remarquer que le Pr. Gnininvi n’a pas quitté le champ politique. Il a demandé à réduire ses activités politiques, et il reste à la disposition du parti pour apporter sa contribution dans ce combat pour une société véritablement démocratique. Avant de prendre du recul, notez que le Pr. Gnininvi a bien préparer la relève en nous mettant le pied à l’étrier très tôt. A la CDPA, nous avons compris que l’avenir d’un parti, d’un pays ou de l’Afrique dépend de la capacité de ses dirigeants à exercer un leadership collectif et à partager le pouvoir ; nous avons donc toujours travaillé en équipe ; tout ne reposait donc pas sur le seul premier responsable. Je vous fais remarquer aussi que ce n’est pas notre premier responsable qui a été candidat à l’élection présidentielle en 2010. Vous comprenez donc que c’est tout naturellement que la transition se fait dans notre maison ; sans heurt et sans rupture ; nous continuerons à travailler en équipe.

MO5-TOGO.COM : Léopold Messan Gnininvi prend du recul, parce qu’il est malade ?

Adjamagbo-Johnson : Il est en bonne santé ; mais nous n’allons pas rentrer dans sa vie privée même s’il est un homme public. Je trouve vraiment dommage qu’il y ait eu des commentaires malveillants concernant sa décision. Je déplore vraiment cette médiocrité. Je pensais que ce changement à la tête de la CDPA devrait être plutôt favorablement accueilli, car après tout, n’est-ce pas pour l’alternance que les togolais se battent ? Quoi de plus normal qu’à la tête d’un parti politique, il y ait changement de femme ou d’homme ?

MO5-TOGO.COM : Quand vous parliez de commentaires malveillants, vous faites allusion à quoi?

Adjamagbo-Johnson : Vous savez comme moi que certains journaux de la place se sont hasardés à tenir des propos que je trouve bas, très bas et ne me demandez pas de m’abaisser ici pour les répéter.

MO5-TOGO.COM : Pourquoi le changement de dirigeant à la tête de votre parti ne s’est pas fait lors d’un congrès statutaire ?

Adjamagbo-Johnson : Je vous fais remarquer que j’assume un intérim et par définition, un intérim à un début et une fin. La CDPA organisera un congrès pour élire son secrétaire général ; mais compte tenu des contingences politiques du moment, la tenue d’une telle assise n’est pas opportune actuellement. Mais rassurez-vous, dès le prochain congrès notre parti aura son secrétaire Général. Je tiens à vous rappeler que depuis sa création, la CDPA, malgré ses maigres ressources, est un des rares partis qui respecte son statut en programmant son congrès statutaire dans les normes.

MO5-TOGO.COM : Quand on évoque le nom de Léopold Gnininvi, il faut y ajouter ceux de Zarifou Ayéva, Edem Kodjo, Agboyibo Yawovi ; tous ceux-là qui ont quitté la scène politique. Est-ce un renouvellement de la classe politique ?

Adjamagbo-Johnson : C’est normal qu’il y ait un renouvellement de la classe politique. Je voudrais saisir cette opportunité pour rendre hommage au combat qui a été mené par ces premiers responsables. Pour ce qui concerne le Pr Gnininvi, il a dirigé la CDPA, créée dans la clandestinité et qui a été à la base du soulèvement populaire du 5 octobre 1990 ; notre parti a inscrit en lettre d’or dans ses objectifs la Démocratie au Togo. Je rends hommage à son combat, surtout quand on sait les moyens dont dispose l’adversaire en face et la résistance farouche qu’il a opposée.

MO5-TOGO.COM : Revenons à l’appel que le Professeur a lancé au début du processus démocratique au Togo « démocratie d’abord, multipartisme après ». Est-ce qu’il est encore d’actualité ?

Adjamagbo-Johnson : Cet appel est d’actualité. C’est tout simplement dommage qu’il n’ait pas été compris plus tôt. Mais l’observation de la scène politique actuelle montre que désormais de plus en plus, les acteurs épousent cette logique et c’est un bien pour le processus de démocratisation. Nous sommes conscients qu’en maintenant et en renforçant l’action unitaire des forces qui œuvrent sans démagogie pour la démocratie dans ce pays, nous parviendrons à relever le défi de l’alternance.

MO5-TOGO.COM : Est-ce qu’il sera facile de réaliser l’alternance, maintenant que ces poids lourds de la politique quittent la scène ? Avez-vous conscience de la tâche qui vous attend ?

Adjamagbo-Johnson : C’est vrai que lorsque vous observez la scène politique, il y a une jeune génération d’acteurs à la tête des partis ; mais nombre d’entre eux étaient du combat depuis le début du processus de démocratisation. Je viens de vous dire qu’à la CDPA, nous avons toujours travaillé en équipe. C’est vous dire que l’équipe en place pour assurer l’intérim a suivi et travaillé aux côtés du professeur Gnininvi depuis le début de la lutte. Nous avions conscience de notre responsabilité et nous sommes armés pour continuer la lutte que nos aînés ont commencée.

MO5-TOGO.COM : Des observateurs ont reproché à Léopold Messan Gnininvi, la participation de la CDPA au gouvernement ; avec le recul, quelles leçons tirez-vous de cette expérience-là.

Adjamagbo-Johnson : Beaucoup ont effectivement reproché à la CDPA sa participation au gouvernement, mais je pense qu’ils n’ont pas compris le sens de l’acte que la CDPA a posé ; laissons l’histoire nous juger et c’est mieux ainsi. Ce que je peux dire, maintenant, la CDPA a participé aux gouvernements successifs mis en place de 2007 à 2009 dans l’intérêt supérieur de la nation. Lorsqu’on fait le bilan des actions de la CDPA au gouvernement et donc du Pr. Gnininvi, ce qui frappe, c’est la constance dans nos actions. La primauté a été toujours accordée à l’intérêt supérieur du Togo. Ce que nous avions appris avec le Professeur, que sur l’échelle des valeurs de la CDPA, l’intérêt collectif passe avant l’intérêt partisan. C’est ce qui a toujours guidé nos actions ; et cela explique d’ailleurs que la CDPA ne tire jamais de profit de ses sacrifices. Je pense que maintenant, nous devions équilibrer les choses en pensant un peu plus au parti, qui doit exister pour être utile à notre pays.

MO5-TOGO.COM : Vous êtes en train de me dire que la CDPA est restée trop longtemps incomprise et que cela va changer ?

Adjamagbo-Johnson : Exactement. L’histoire aidera le peuple à comprendre la contribution inestimable de la CDPA à la lutte et permettra de voir qu’elle est restée fidèle à son idéal. Nous avons trop souffert de la maladie congénitale des partis d’avant-garde, qui nous empêchait de voir que notre base arrière peinait à nous suivre. Nous avons pris conscience de cette faiblesse et travaillons pour que cela change.

MO5-TOGO.COM : Ce lundi, le gouvernement convie les acteurs politiques à des discussions à la primature. Madame, la CDPA fera-t-elle le déplacement ?

Adjamagbo-Johnson : Non, nous ne ferons pas ce déplacement. Nous avons analysé les conditions dans lesquelles l’invitation a été faite et le contexte politique actuel. Il nous est apparu que prendre part à ce dialogue-là n’aiderait pas en réalité le Togo à avancer. Nous croyons au dialogue, mais nous ne sommes disposés qu’à faire un dialogue utile. Actuellement, nous ne percevrons pas le moindre indicateur montrant que ce dialogue permettra le règlement de la question essentielle qui nous préoccupe tous : l’alternance ne peut être effective qu’à travers la restauration de la limitation du mandat présidentiel avec effet immédiat dans la constitution.

MO5-TOGO.COM : Madame, vous avez évoqué les conditions dans lesquelles les invitations ont été faites, que voulez vous dire ?

Adjamagbo-Johnson : Lorsque vous lisez l’invitation du Premier Ministre, un premier constat s’impose : le gouvernement n’a pas cru devoir inviter les regroupements politiques qui existent actuellement ; il a envoyé des invitations aux partis politiques. Nous pensons que ce n’est pas anodin quand on sait celui à qui on a affaire. C’est évident qu’on cherche à diviser l’opposition ; à faire en sorte que cette unité qui est affichée depuis quelque temps et qui gêne, se fissure. Si le gouvernement est de bonne foi et est disposé à organiser un dialogue franc et sincère, il doit éviter ce jeu ridicule auquel il s’adonne depuis 22 ans et doit chercher à concilier les positions. En dehors de cette observation, tout le monde voit que ce pays grouille et gronde sur le plan politique et social ; mais on ne voit aucun geste ou acte d’apaisement venant du gouvernement. C’est tout simplement dommage. Mais j’espère que le chef de l’Etat a conscience qu’il met ce pays en danger en évitant de prendre ses responsabilités.

MO5-TOGO.COM : A vous entendre Madame, on a l’impression que vous auriez souhaité qu’on invite le Collectif Sauvons le Togo, la Coalition Arc-en-ciel…

Adjamagbo-Johnson : Oui, d’autant plus que par le passé, le gouvernement l’a fait en envoyant une seule invitation à la Coalition arc-en-ciel et une invitation au CST. Alors, qu’est-ce qui peut expliquer que cette fois, il change de logique ?

MO5-TOGO.COM : Mais Madame, reconnaissez que dans le cheminement, certains ne reconnaissent même plus le gouvernement ?

Adjamagbo-Johnson : Ce n’est pas parce que certains acteurs politiques dénient la légitimité à ce gouvernement, que celui-ci va refuser de discuter avec eux. Ce n’est pas normal et je fais remarquer d’ailleurs, qu’en fait personne ne refuse au fond le dialogue. Seul l’ordre du jour semble diverger d’un groupe à l’autre. Je dis semble, car en y regardant de plus près, les divergences sont infirmes puisque l’un dit d’aller négocier « le départ du chef de l’Etat » et l’autre « demander la limitation de mandat présidentiel avec effet immédiat »

MO5-TOGO.COM : L’alternance au pouvoir est donc pour vous essentiel ?

Adjamagbo-Johnson : Bien sûr que c’est fondamental et nous sommes même convaincus que c’est l’alternance pacifique par les urnes, qui est « la fille aînée » de la démocratie. Elle reste un indicateur fiable pour s’assurer qu’un pays est démocratique. Malheureusement le pouvoir au Togo ne veut pas en entendre parler c’est pourquoi nous tournons en rond depuis 22 ans, allant de dialogue en dialogue, pour nous retrouver toujours au point de départ. On est en plein dans le mythe de Sisyphe. Vous commencez quelque chose dont vous ne voyez jamais le bout. Il faut que le pouvoir comprenne que maintenant, même en son sein, tout le monde veut l’alternance.

MO5-TOGO.COM : Dans une mise au point, le Ministre de l’administration territoriale a dit que les objectifs des discussions est de revoir le cadre électoral et en finir avec les réformes prévues par l’APG. N’est-ce pas beau tout ça ?

Adjamagbo-Johnson : Oui, mais à condition qu’il comprenne bien que la limitation de mandat présidentiel avec effet immédiat est le gage que tout ce qu’il annonce sera discuté et appliqué sereinement. Vous savez, un Chef d’Etat qui sait qu’il fait son dernier mandat s’accroche rarement au pouvoir et ne pose que des actes qui le feront rentrer dans l’histoire ; il ne met pas tout en marche pour voler les élections. Si le Président Faure sait qu’il doit partir, il y a longtemps qu’il aurait traduit en texte de loi les conclusions pertinentes des nombreuses discussions menées au sein du CDPC aménagé et autres structures qu’il a lui-même mis en place.

Tant que la question de l’alternance n’a pas de solution claire, on tournera en rond et la Commission Vérité Justice et Réconciliation a même dit que c’est une des conditions sine qua non pour la réconciliation au Togo. Pourquoi le pouvoir ne veut pas comprendre une telle évidence ? C’est anachronique de penser qu’on peut se maintenir indéfiniment au pouvoir encore aujourd’hui. Je l’avais dit : l’alternance viendra par les urnes ou par d’autres moyens peu recommandables. Nous, à la CDPA nous préférons qu’elle arrive par la bonne porte, c’est-à-dire les urnes. Il faut qu’on évite donc de mettre le Togo en danger en laissant grande ouvertes les portes de ce qui risque de mettre ce pays à feu et à sang.

MO5-TOGO.COM : Quel est votre schéma pour un dialogue réussi au Togo ?

Adjamagbo-Johnson : Nous avons dit que nous sommes prêts au dialogue utile. Nous attendons pour ce faire des signes forts. Il appartient au chef de l’Etat et au gouvernement de rassurer le peuple en prenant en compte ses préoccupations politiques et sociales et en évitant de jouer au boulanger qui veut rouler tout le monde dans la farine. Ce régime a atteint ses limites, il ne peut plus avancer et pour ce faire, une cure d’opposition lui fera du bien.

MO5-TOGO.COM : Des commentaires sur l’affaire Bodjona ?

Adjamagbo-Johnson : Je ne veux pas me prononcer sur le fond de l’affaire, car ce dossier m’est inconnu et je sais que tant que la justice, si justice il y a, ne s’est pas prononcée, toute personne inculpée est présumée innocente. Mais j’observe à partir de ce qui se dit et s’écrit ici et là que cette affaire préoccupe les Togolais et ils ont raison ; car elle démontre à escient que notre justice est trop instrumentalisée par le pouvoir : cela est inquiétant et très dangereux pour notre démocratie naissance.

Cette affaire montre également que le gouvernement est trop enclin à rendre « justice » à un homme d’affaire curieux, dont le fond de commerce semble être l’escroquerie ; sinon, comment expliquer qu’il sort de sa poche, 25 milliards de francs cfa et pourquoi faire : récupérer la fortune de Guéï, un président qui n’a fait qu’un an au pouvoir ? Dans un système démocratique ce genre d’homme ne mérite qu’une chose, un coup de pied dans le derrière ; mais au Togo, il semble qu’on lui déroule le tapis rouge.

Ce qui fait mal à la CDPA dans cette affaire, c’est l’acharnement qu’on met pour récupérer des sous d’un escroc qui est escroqué, mais on ne fait rien, mais absolument rien pour faire rendre gorge à ces nombreux pilleurs des richesses nationales. Mais je rêve, nous sommes au Gondouana ?

MO5-TOGO.COM : Madame, votre mot de fin ?

Adjamagbo-Johnson : Mes frères et sœurs Togolais, persévérez, la victoire est pour bientôt. A vous journalistes de MO5 je dis merci de me donner la parole.

source : mo5togo.com

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