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Franc CFA: ne pas jouer avec le feu

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Depuis la crise de l’euro, il se repend dans certains milieux, la rumeur d’une probable dévaluation du Franc-CFA. Malgré les différentes interventions des autorités monétaires de la zone, le doute persiste.

Simple rumeur ? L’histoire de la dévaluation du Franc CFA continue de se propager. Du point de vue technique, une telle dévaluation n’est pas à l’ordre du jour, comme nous l’avons eu à souligner sur ces mêmes colonnes dans notre analyse intitulé «les troubles de l’euro : réévaluer ou dévaluer le franc CFA. En effet, compte tenu de la « bonne » santé des économies de la zone franc, ce sujet n’est pas à l’ordre du jour. Voici les arguments qui soutiennent notre thése.
Selon le rapport du FMI sur l’Afrique, la croissance du PIB réel de la zone franc atteindrait 5,3% en 2012. Si l’on considère le PIB par habitant, la zone franc passerait de 0,7 en 2011 à 2,7 en 2012, soit une hausse de 74%. L’inflation se situerait aux alentours des 2%. La capacité de paiements extérieurs des pays de la zone est de sept mois, soit deux fois le minimum requis de trois mois. »A la vue de ces donnée, la zone franc ne paraît pas candidate à une quelconque dévaluation ». (Parut dans « les Afriques » Journal n° 174/Dossier spécial Côte d’Ivoire).
D’autre part, n’y a-t-il pas des facteurs qui militent pour la dévaluation, ainsi que développés dans notre article, «La Gréce, l’euro et le franc CFA ».

Le danger pour le FCFA pourrait venir de l’appréciation de l’euro par rapport au dollar américain, comme cela a été le cas entre 2005 et 2009. Pendant cette période, le FCFA a eu très chaud vis-à-vis d’une éventuelle dévaluation qui n’est jamais survenue. Les pays de la zone franc ont été sauvés par la bonne performance de leurs économies et, surtout, par la bonne politique monétaire de leurs banques centrales. Comme on le dit : premier Gaou n’est pas Gaou
En conclusion : un fort euro/$ sur les marchés de change en présence de faibles économies des pays de la zone Franc représente une menace pour la parité fixe euro/CFA (cas de la dévaluation de janvier 1994). Un fort euro/$ en présence d’une forte économie des pays de la zone Franc consolide (cas 2006-2008) la parité euro/CFA et devrait en principe produire une réévaluation de la parité. Un faible euro/$ en présence d’une bonne croissance dans les économies de la zone Franc, ne doit en tous les cas conduire à une dévaluation (situation actuelle)

Ne pas jouer avec le feu !
Cette mise au point faite, il faut tirer l’attention sur le danger de la fausse information dans le domaine de la politique des taux de changes. Le nerf de la décision économique a été et reste toujours l’information. Quand les agents économiques détiennent la bonne information, ils sont supposés prendre des décisions conséquentes. C’est pourquoi les économistes ont toujours mis l’accent sur la disponibilité de l’information. Est-elle parfaite (bonne), imparfaite (limitée, fausse) ? Dans le cas des taux de changes, la propagation de la mauvaise information (rumeurs non fondées), peut avoir des conséquences néfastes sur l’économie d’un pays. Dans un régime de taux de change fixe comme celui de la zone franc, les rumeurs de dévaluation peuvent conduire les spéculateurs à vouloir se débarrasser de la monnaie locale au détriment des devises étrangères. Dans le langage technique, cette pratique est connue sous le terme “d’attaque spéculative”. La zone franc est aujourd’hui l’objet d’une attaque spéculative voilée! L’information est d’abord lancée et on attend si elle va convaincre les spéculateurs. C’est à ce niveau que les autorités de la banque centrale doivent réagir pour défendre la parité fixe en présentant la solidité des fondements macroéconomiques et financiers. Si l’information erronée n’est pas démentie à temps, l’activité spéculative peut provoquer une dévaluation, même si les soi-disant fondamentaux sont solides. Depuis l’arrimage du franc CFA à l’euro, la politique de défense des banques Centrale (BCEAO/BEAC) a été faite avec succès par les différents gouverneurs de la banque centrale qui ont tous démenti les rumeurs de dévaluation depuis 1999 tout en mettant l’accent sur la solidité des fondamentaux. Cela nous conduit à la suite de notre analyse à savoir ce que sont les fondamentaux et leurs importances. En d’autres termes comment peut-on à partir de la dynamique des fondamentaux, prédire les signes d’une imminente dévaluation ?
Fondamentaux et Dévaluation
La dévaluation d’une monnaie ne tombe pas du ciel ! Il y a des signes précurseurs qui indiquent que le feu est aux alentours. La littérature économique présente une crise prolongée de la balance paiement (déficit) comme signes précurseurs d’une dévaluation. Cela s’est vérifié dans 90% des cas. Pour exemple, les dévaluations du peso au Mexique (1994-1995), et en Argentine (2001-2002) et du Franc-CFA en 1994 ont été tous précédées par des alarmants déficits de la balance paiements. C’est à juste titre que les composantes de la balance des paiements doivent attirer notre attention.

a) Balance du compte courant/ compte des capitaux qui reflète s’il y a une sortie excessive de capitaux, à des fins spéculatives.
b) Détérioration des termes de l’échange induite par une baisse de quantité/prix à l’exportation.
c) Niveau de réserves officielles en devises. Si la banque centrale n’a pas assez de réserves pour défendre la parité. Elle devra soit abandonner la parité fixe (opter donc pour un taux de change flexible) soit dévaluer.
Etroitement liées aux fondamentaux de la balance des paiements, on note d’autres agrégats que sont :
d) Le niveau élevé des déficits budgétaires qui par le biais du concept de déficit jumelé implique aussi le déficit du compte courant.
e) Le niveau de la croissance économique et de l’inflation

A la lumière de ce qui suit, nous avons il faudra donc comparer le comportement des fondamentaux sur les périodes critiques des années 1993-1994(avant la dévaluation), 1999-2000(arrimage à l’euro) et 2009-2010 (crise actuelle de la zone euro).

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Selon le tableau ci-dessus, les signaux macroéconomiques des périodes 1999-2001 et 2008-2010 de la zone franc sont nettement mieux par rapport au ceux de 1992-1994. Entre 1992 et 1994, le ratio des devises en % du PIB était négatif, alors que celui 2008-2010 est largement positif. La hausse du prix des produits d’exportations, à renflouer les caisses de l’état créant un surplus du solde budgétaire (+9.5%). L’appréciation du Franc-cfa suite à la politique du Franc-fort s’est traduite par une surévaluation du Franc-cfa, qui a conduit donc à la dévaluation en Janvier 1994. La situation fut par contre très différente entre 1999 et 2001, ou la monnaie africaine était surévaluée. Dans cette même période, les fondements macroéconomiques étaient cependant solides, ne créant pas donc les conditions d’une dévaluation.

Francis Konan,économiste,

Bio Express

conseiller éditorial Les Afriques, Francis Konan est Diplômé de l’Université d’économie et de gestion de Vienne (Autriche), diplômé de l’Institut des études avancées de Vienne (Autriche), diplômé de la Faculté des sciences

économiques & gestion de l’université d’Abidjan (Cocody).

 

source : lesafriques.com

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