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Faure Gnassingbé et « sa bouée de sauvetage » sérieusement en difficulté

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Cuisant échec du ministre Agba face aux chefs d’unités du CHU

Jeudi dernier, en rappelant Charles Kondi Agba au département de la Santé en remplacement de Komlan Mally, Faure croyait avoir trouvé son sauveur ; c’est-à-dire l’homme devant l’aider à mettre fin aux revendications des agents de santé, revendications auxquelles il n’a aucune intention de satisfaire dans leur intégralité.
Des différents mouvements de mécontentement qui secouent spontanément le microcosme socio-politique togolais depuis quelque temps, Faure « le vainqueur » de la présidentielle de 2010 qui est conscient que les Togolais ne l’ont pas élu, pourra lui-même juger de sa capacité à tenir longtemps le gouvernail au Togo. Car, on ne peut pas gagner des élections à plus de 60% et se retrouver aussitôt après dans l’incapacité de dialoguer avec son peuple, préférant à chaque fois la manière forte propre à ceux qui n’ont pas la légitimité populaire.
Il s’agit d’une attitude qui prouve que, si depuis mars 2010 un front politique manifeste tous les samedis pour dénoncer le hold up électoral, non seulement son élection pose problème, mais aussi sa gouvernance est sujette à caution. Etudiants, agents de santé, « Le Patrimoine commun », les agents de Togo-Télécom, ceux de la CEET , n’ont absolument aucun lien avec le FRAC, et pourtant ! Faure Gnassingbé doit s’interroger.
Le ministre Agba et le sale boulot
Est-il normal que le ministre Charles Kondi Agba accepte de retourner au gouvernement après y avoir séjourné deux fois pour se retrouver finalement à la tête du Mécanisme africain pour l’évaluation des pairs (MAEP) ? L’acceptation de cette nouvelle offre faite par Faure, son cadet de presque une vingtaine d’années et qui en plus est loin de son bagage intellectuel, lui, le professeur agrégé, pose problème, au regard du contexte même dans lequel est fait son retour au gouvernement. Ce sexagénaire, de notre point de vue, aurait pu donner les conseils et faire les observations suivantes à Faure.
1) Mon jeune frère, il faut accepter ce qui a été arrêté en donnant satisfaction aux revendications, car le moment n’est pas favorable pour faire prospérer des grognes de ce genre.
2) Il faut maintenir le Ministre Mally au poste ; et même s’il fallait le sauter, attendre que ce soit dans un mouvement général de sortie et d’entrée au gouvernement.
3) Ce ne serait pas une bonne publicité pour moi personnellement de revenir au gouvernement une troisième fois, cela donnerait une mauvaise impression, surtout que je fais partie de ceux qui avaient eu à être ministre sous votre père et vu mon âge et mon grade, il n’y a pas que moi.
4) Monsieur le Président, je suis désolé de ne pouvoir accepter l’offre ; malgré tout le « respect » que j’ai pour vous, si vous insistez, je vais vous décevoir.
En acceptant de jouer au joker dans cette affaire, notre professeur agrégé a démontré qu’il fait partie de la race de Togolais et autres intellectuels africains qui ne savent pas partir pendant qu’il est temps, préférant s’accrocher aux intérêts et à toutes sortes d’avantages au point de finir par se rendre ridicules. Par ailleurs, en manquant de cran pour dire ouvertement à Faure qu’il ne peut pas accepter de revenir juste pour ce sale boulot consistant à renverser une situation, le professeur Charles Kondi Agba prouve un manque de personnalité et apporte en même temps la preuve qu’au sein de leur parti, ils ne se disent pas la vérité.
Indubitablement, eu égard à ce que nous observons en ce moment avec la mission assignée au Prof. Agba, celui-ci fait partie de ces hommes et femmes togolais qui, en dépit de leur niveau intellectuel et de leur âge, ne savent pas se mettre au service de leur nation et sont donc prêts, rien que par leur insatiabilité, à détruire le Togo. Et c’est bien dommage.
Le ministre dans de beaux draps
« On se fatigue plus à ne rien faire qu’en travaillant ». C’est à peu près en ces termes que le nouvel ancien ministre qui aime tant à jouer au baratineur avait tâté le pouls de quelques-uns des agents rencontrés samedi au CHU et qui ne s’étaient pas laissé impressionner. Il faut signaler que déjà lundi, à l’occasion de leur Assemblée générale, le SYNPHOT a exclu tout nouvel accord avec le gouvernement, et donc, pas de nouvelles négociations. Ce même lundi à 16 heures, au CHU-Tokoin, le ministre Agba a rencontré les chefs de service. Son objectif, c’était de tenter de les manipuler, afin qu’ils se désolidarisent des membres du SYNPHOT. Ce fut pour lui une amère expérience. Ces professeurs agrégés comme lui, ont réaffirmé leur soutien aux revendications légitimes des agents de santé.
La question qui vient tout de suite à l’esprit est celle-ci : si le professeur Agba a demandé à rencontrer les différents chefs de service du CHU, ne serait-ce pas parce que dans notre parution de lundi, nous avions eu à interpeller ces hommes et femmes pour savoir quel rôle ils jouent dans les actions revendicatives du SYNPHOT, d’autant plus que depuis le début du mouvement, on ne les voit pas aux côtés du bureau syndical. Il n’est pas exclu que cela ait pu donner des idées au nouveau ministre à la recherche de toutes sortes de stratégies pour rassurer et satisfaire son « mentor » qui lui a confié une mission difficile.
La mission n’est pas de tout repos pour le Professeur dont le cerveau, en ces moments peu enviables pour lui, doit être plus en ébullition qu’au temps où il préparait son concours d’agrégation dans les années 80. Hier il a dû se retrouver à la Primature avec les médecins pour trouver une issue à la crise qui secoue les milieux sanitaires depuis plus de trois semaines déjà. Nous rappelons que les membres du Syndicat de la santé ont refusé de se retrouver au cabinet du ministre pour une quelconque discussion et que si rencontre il doit y avoir, le cadre idéal pour eux serait la Primature où les discussions ont été faites jusque-là.
Nous ne croyions pas si bien dire lorsque nous affirmions lundi que le professeur Agba n’a jamais été dans les bonnes grâces des agents de santé. Ils sont allés jusqu’à exiger sa démission au cours de leur AG. Sûrement, eu égard aux rôles néfastes joués par le passé au détriment des milliers d’agents de la santé du public que compte le pays. Il convient de le rappeler, les médecins du privé se sont déclarés pour leur part, prêts à se joindre à leurs collègues du public, si la situation n’évoluait pas. Difficile d’aimer se retrouver à la place de Faure et sa « bouée de sauvetage ».
Le ministre confond les hommes avec les chiens qu’il soigne
Prime d’usure psychologique, le ministre dit que ça n’existe nulle part. Pour lui, tout organisme qui fonctionne doit se fatiguer, il doit s’user. Il n’y a pas de prime pour ça. Beaucoup de bruits faits sur les médias pour un concept qu’il ignorait jusque là et pour lequel il serait malsain de lui tenir rigueur. Quand on soigne par exemple un chien qui au bout du compte décède, bien que ce soit un ami de l’Homme, on ne reçoit pas la même onde de choc que lorsqu’on s’occupe de sauver la vie d’un être humain qui finalement meurt.
Un chirurgien dont le patient rend l’âme sur la table d’opération ; une femme qui vient pour donner la vie et qui meurt sous le regard impuissant de la sage-femme et des accoucheuses, tout au long de leur carrière, à force de vivre ou de revivre ces films désolants et insupportables, subissent consciemment ou inconsciemment un processus d’usure que le psychologue appelle « usure psychologique ». Selon l’explication du président du SYNPHOT et de son Secrétaire Général cette semaine sur une radio, on a parfois du mal à retrouver le sommeil lorsque des cas pareils surviennent.
Nul ne saurait jeter la pierre à Monsieur le ministre pour ça. Tout ce qu’on peut lui reprocher, c’est de n’avoir pas cherché à approcher les médecins praticiens pour en savoir plus avant de commencer à jeter l’anathème sur eux. Sans doute, le ministre Mally en a demandé l’explication et l’a eue. Ce qui peut-être lui permet de comprendre le bien-fondé de cette prime d’usure psychologique. Est-ce là son mal ?
Komlan Mally limogé pour sa bienveillance
On avait sûrement voulu arriver coûte que coûte à limoger le ministre Mally, pour montrer que c’est lui qui ne sait pas ramener le calme au sein de la corporation en ébullition, que c’est lui qui constitue le problème ? Non, nous ne le croyons pas. En le limogeant, Faure, tout aussi mauvais tacticien que mauvais stratège, ne voyait que sa satisfaction propre : la nuisance. Il n’avait pas vu, sous le feu de l’action, la bonne publicité qu’il ferait à l’homme lui-même et sans doute aussi comment, il exposerait lui-même son propre derrière au monde, tel un poulet surpris par un vent inattendu.
Comment le connaissait-il, lorsqu’il le nommait Ministre de la Ville ? Puis Premier ministre dans le même pays et qui ne sera démis que pour faire les yeux doux à Louis Michel et à son club d’Union Européenne, en brandissant Gilbert Houngbo comme la panacée à tous les problèmes du pays, même sans la moindre bonne volonté ? Il convient de le dire ici, pour être Rpétiste et tenir le coup, en recevant promotion sur promotion, il y a « une grande qualité » requise : être sans pitié, manquer cruellement d’humanisme. Or, Komlan Mally sera tout sauf cela, un monsieur bien élevé apparemment et très compréhensif, humain. Il s’est sans doute trompé de porte en adhérant au RPT. Tout le monde comprendra que le RPT ne peut jamais développer le Togo, l’Or de l’humanité. Quant on y est, il faut développer sa capacité de nuisance et rien d’autre.
Selon certaines indiscrétions, il aurait été sermonné par quelques-uns de ses pairs zélés que certains peuvent deviner. Ils lui reprochaient d’en avoir trop accordé aux médecins à Atakpamé en juin 2010. Oui, eux, ces ministres, peuvent se payer tous les luxes du monde, sauf les médecins dont certains d’entre eux ne valent que le dixième de ce qu’ils valent. Il est grand temps que face à l’imposture, on ne fasse plus l’économie des mots pour des gens qui s’agitent pour rien. Que veut-on faire croire aujourd’hui aux Togolais ? Le pouvoir en place est un pouvoir inefficace et de grande carence avec lequel il n’y a pas d’avenir pour le Togo.
Les Togolais se souviennent certainement de la participation de l’homme au débat sur Africa 24 pour le compte du RPT lors de la présidentielle face à d’autres adversaires. Un comportement impeccable, fait de respect de l’autre et de soi, de pondération dans le choix du vocabulaire et dans le langage d’une manière générale dénué d’arrogance, la meilleure école au RPT.
Cette grève des praticiens hospitaliers du Togo est une occasion, qu’on le veuille ou non, malgré tous les risques qu’elle comporte pour les malades et tous ceux qui ont besoin du service d’un agent de santé, est une occasion pour Faure et les siens, de démontrer que les populations togolaises constituées par la quarantaine d’ethnies sont réellement une préoccupation pour eux. Alors, on attend le choix final de Faure et ses amis. Signalons que le gouvernement et le SYNPHOT se sont rencontrés hier à la primature sans arriver à accorder leur violon. Une AG a lieu ce matin au CHU pour faire le point. Une autre rencontre est prévue pour demain jeudi.
E. Djibril

 

source: liberté hebdo togo

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