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Faure Gnassingbé en train de se débarrasser l’un après l’autre, de ceux qui l’ont porté au pouvoir

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A côté des signes annonciateurs d’une fin de règne

En février 2005, les Togolais et le monde entier ont vu comment, quelques heures seulement après la mort d’Eyadèma, son fils Faure avait accepté par un montage grotesque auquel un quarteron d’officiers des FAT avaient participé, dont certains sans y avoir le coeur, de terminer les trois ans qui restaient du mandat de son père, au lieu de laisser le pays suivre la voie normale tracée par la constitution togolaise. Tout le monde se souvient sûrement de la gymnastique qui avait écarté un ancien zélé du régime de la présidence par intérim.

Aujourd’hui, lorsqu’on observe de près tout le spectacle invraisemblable qui se joue depuis plusieurs années sous le régime Faure Gnassingbé et presque au quotidien, et que nul n’aurait soupçonné en février 2005, et en projetant un regard rétrospectif sur le théâtre malpropre de la nuit de ce 5 février, il faut être d’une certaine candeur et vraiment naïf, pour ne pas s’interroger.

C’est à cet exercice que nous nous livrons ici et que nous voudrions bien soumettre à l’appréciation du lecteur. Car lorsqu’à l’opposé des êtres inférieurs, Dieu a eu la générosité de doter l’Homme de certaines facultés, eh bien, il s’offusquerait qu’il ne mette pas à profit cette capacité de prévoyance et d’anticipation sur les événements qu’il lui a offerte.

Une petite étude comparative

Autant les événements qui avaient présidé à la venue du prince Faure Gnassingbé sur le trône en 2005 étaient les tout premiers du genre dans notre pays et peut-être au monde, et constituent pour nous des actes vecteurs de malédictions, autant de notre point de vue, tout ce qui a cours aujourd’hui et qui dessert la cause du locataire du Palais de la Marina, peut-être sans qu’il en soit conscient lui-même, constitue la conséquence logique des attitudes négativement audacieuses de 2005 et ne sauraient être considérées comme des actes banals.

Pour rappel, la boulimie du pouvoir aura amené un ministre à devenir d’abord député à l’Assemblée nationale. Ensuite, il sera élu président de l’Assemblée. Enfin il deviendra,  nanti de ce dernier titre, président de la République. Tenez-vous bien, tout cela en 24 heures ! Autre chose, pendant les 38 ans du règne de son père, élections truquées et suffrages volés furent des exercices auxquels Gnassingbé Eyadèma ne dérogeait pas, mais jamais caméra n’aura eu à capter des scènes aussi honteuses que celles de la présidentielle de 2005.

Que des caméras eussent pu, très aisément réussir cet exploit des soldats, fuyant les bureaux de vote, les urnes sous le bras laissant éparpiller sur le sol des bulletins de vote, il n’en fallait pas plus pour dégonfler ceux qui pouvaient être tentés de faire croire à une victoire dans les urnes. Nous avons dit malédictions.

L’autre acte que nous pouvons interpréter comme le produit d’une malédiction, c’est le fait que Faure Gnassingbé, en dépit de son niveau et de son rang, eût osé prononcer la phrase : « papa nous disait que si nous laissons le pouvoir nous échapper, il nous sera difficile de le reprendre ». Comment Faure qui aspirait à gouverner et qui avait eu à servir comme député, puis comme ministre pendant des années, fonctions qui devraient pouvoir lui servir de tremplin pour sa maturation, pouvait-il se permettre de pareilles déclarations ? Pour  certains, ces mots lâchés devaient permettre de comprendre la mentalité d’une catégorie de Togolais qui a sa propre  compréhension de la gestion du pouvoir d’Etat.

Qu’on le veuille ou non, Faure avait raté sa sortie de chef d’Etat. Cela permettait de voir les lacunes de ceux qui aspirent à gouverner. Et depuis, ces lacunes n’ont cessé de talonner l’homme. Elles se révèlent les unes après les autres et notre comparaison a pour finalité d’établir un lien entre les actes de Faure au moment d’arriver au pouvoir en 2005, y compris les centaines de ses concitoyens qu’il a sacrifiés sur l’autel d’intérêts égoïstes et les mauvaises performances de ses six ans de gouvernance politique dont nous énumérerons ici quelques éléments d’illustration.

Ces erreurs qui le discréditent lourdement et dont il semble ne pas prendre conscience, font dire à bien de Togolais, qu’ils ont l’impression que des gens autour de Faure l’aident à se casser le nez et qu’il ne s’en rendrait pas compte lui-même. Tellement, les faits sont graves, venant d’un initiateur de réconciliation nationale et qui dit rechercher l’apaisement. Si jusqu’ici, dans son entourage, personne n’a le courage de dire à Faure Gnassingbé que tel et tel acte le desservent, c’est que personne ne l’aime. Il n’y a pas deux hypothèses.

Les erreurs que Faure aurait pu éviter

On a l’impression que sous l’effet de ce que nous appelons à tort ou à raison malédiction, des choses se produisent aujourd’hui dans notre pays qui soit, méritent d’être condamnées fermement par le chef de l’Etat, mais face auxquelles il a toujours fait le choix d’un étonnant mutisme, donnant libre cours à toutes les interprétations ; soit des choses dont il est personnellement l’auteur et qui choquent le bon sens. Entre nous, Faure devrait-il décorer le tortionnaire en chef du moment, le Col. Massina Yotroféï, et surtout au lendemain des nombreuses dénonciations des barbaries de l’homme par les médias  togolais ? Même les enfants à partir d’un certain âge répondront par la négative. Un acte très grave et déshonorant pour le premier magistrat de la République.

Faure n’a pas cru nécessaire de réagir depuis janvier 2011 jusqu’à ce jour, alors qu’il se fait passer pour le chef suprême des armées, face aux voies de fait commises sur les populations de Témédja par les militaires et sans raison. Pourtant, il a lancé un processus de réconciliation auquel il fait toujours référence à chaque discours comme un événement dont il attend beaucoup. « Simple hypocrisie », estiment bien des compatriotes et à juste titre. Et pourtant aussi, les événements de 2005 ont amené la communauté internationale à insister sur la fin de l’impunité au Togo.

En 2007, peu avant les législatives, ce fut pareil. De jeunes policiers qui venaient d’être recrutés ont fait comme les militaires du camp Témédja la même expédition « punitive » contre tout un quartier à Lomé (Attiégou) et tous les passants indistinctement avaient été pris à partie. Aucune réaction d’hommes responsables et favorables à l’apaisement des cœurs de la part des autorités, mais surtout de la part du chef de l’Etat.

Dans l’un comme l’autre cas, par diversion, on essaie de faire circuler les rumeurs selon lesquelles les coupables ont été identifiés et sanctionnés. Peut-on être sérieux en sanctionnant les coupables, sans que les victimes plus particulièrement et les Togolais en général en sachent quelque chose ? A certaines occasions, on a fait croire que des enquêtes étaient en cours. Ce qui n’est que pure affabulation ; le temps que les blessures se cicatrisent et que l’on plonge totalement dans l’oubli. Dans un pays où les enquêtes s’ouvrent sans jamais se refermer, qui peut croire à ces boniments ?

Le harcèlement au sortir de la dernière élection, d’un parti politique légalement constitué, harcèlement qui aboutira à l’objectif visé (prononcé de la disparition définitive) par la justice avec la bénédiction du chef de l’Etat censé comprendre qu’un tel acte était contre la démocratie dont il avait promis œuvrer à la promotion au cours de son mandat. Finalement, par des exercices sans tête ni queue, les mêmes acteurs réhabiliteront le même parti, certainement après des pressions, alors que Faure a promis de moderniser la justice togolaise. Tout ça ne fait pas du tout sérieux pour notre pays. C’est loin de présenter de nos dirigeants et de notre justice, une bonne image.

Depuis quelques mois, le régime de Faure Gnassingbé a adopté un projet de loi soumis à l’Assemblée et dont le vote a suscité un tollé général dans le pays. Il s’agit de la suppression des allocations de départ à la retraite qui existaient quand il n’avait que 25 ans et qui permettaient aux retraités de s’assurer un bon début de retraite en attendant que les papiers soient à jour pour commencer à percevoir les pensions. Alors que la vie chère bat son plein et que les fonctionnaires et tous les Togolais ont de la peine à joindre les deux bouts, voilà où a pu conduire Faure dans son audace.

La fermeture arbitraire depuis six mois, de quelques radios privées par une institution qui n’a rien à y voir et en plus, pour des motifs farfelus. Une pétition signée par 4193 Togolais réclamant la réouverture de ces médias a été envoyée au chef de l’Etat accompagnée d’une lettre par laquelle « SOS journaliste en danger » sollicitait de Faure, de s’impliquer dans cette affaire, en vue de la réouverture. Malheureusement depuis deux mois aucun feed-back. Ce qui dénote d’un cruel manque d’égard à ses administrés.

Un chef d’Etat ayant vocation de conduire un pays à sortir de sa crise, peut-il avoir ces attitudes ? Un chef d’Etat qui se reconnaît réellement des vertus pour diriger une nation peut-il s’empêcher de donner suite à une correspondance adressée par des citoyens qui le saisissent en vue de redresser une injustice par des moyens pacifiques ? Pourtant, Faure s’est engagé à promouvoir la démocratie au Togo. Et pour ce faire, il a créé un ministère de la consolidation de cette démocratie. La liste est longue et l’on choisit de s’arrêter là.

Faure se débarrasse de ses bienfaiteurs d’hier

Un à un, l’homme se débarrasse de ceux qui avaient eu à jouer un rôle majeur pour son arrivée au pouvoir. Tout le monde sait que les plus actifs autour de Faure et que les Togolais apercevaient aux premières heures du coup de force et du hold up électoral étaient Kpatcha Gnassingbé, son demi frère que d’aucuns qualifiaient de chef des milices Rpt et à qui certains avaient même attribué l’incendie de l’Institut Goethe de Lomé et Pascal Bodjona, un autre milicien d’alors, membre du HACAME. Dieu seul sait quel rôle chacun des deux qui ne sont plus en odeur de sainteté auprès de Faure avaient pu jouer dans la mort de plusieurs centaines de leurs compatriotes en 2005 et dont Faure porte la responsabilité.

Après le cas de son propre frère à qui on a collé un flagrant délit d’atteinte à la sûreté de l’Etat, sans jamais avoir le courage depuis deux ans de le faire juger afin que cette affaire soit élucidée, après que Faure lui-même eut promis que la justice fera son travail conformément à la loi, c’est au tour de Bodjona à qui son ami Faure en voudrait farouchement. Qui l’aurait cru ? A l’origine de ces inimitiés, selon plusieurs sources,  encore une affaire de pouvoir. Et l’arrestation de Bertin Sow Agba aurait été l’élément catalyseur permettant de sceller définitivement son sort. Car, toujours selon de nombreuses sources, Faure aurait désormais peur des velléités présidentialistes que l’on prête à son ami Bodj. En attendant, il est sur le départ  du gouvernement. Dans la même affaire liée à l’arrestation de M. Agba, le procureur Robert Bakaï, proche du ministre Bodjona en a aussi  eu pour son compte. Il a été gommé de son poste par un décret signé le 4 mai dernier.

En remontant un peu dans le temps, on constate qu’il y a des officiers supérieurs des FAT qui ne sont plus en odeur de sainteté auprès de Faure, après avoir largement contribué à sa succession dynastique. C’est le cas du Gal Zakari Nandja, précédemment chef d’Etat-major Général à qui on a vite fait de créer un ministère taillé sur mesure pour lui donner du grain à moudre, au lieu de le mettre directement à la retraite, bien qu’ayant atteint l’âge limite. Cela attirerait trop d’attentions. Il fait sûrement partie de ce monde qui fait peur à Faure et ne lui inspire plus confiance après la comédie d’allégeance de l’armée.

Certains racontent que depuis l’affaire de fusillade au domicile de Kpatcha, il y a deux ans, le courant ne passerait plus très bien entre Faure et le Gal Gnofame qu’il se plaisait à appeler affectueusement « papa ». L’homme dont on connaît le franc-parler n’avait pas hésité à reprocher à Faure Gnassingbé l’expédition nocturne lancée contre son jeune frère et qui avait pour objectif de l’éliminer. Ces reproches de l’homme qui avait joué un rôle clé à la mort d’Eyadèma et autour duquel s’étaient rassemblés les autres officiers faisant allégeance dans la nuit du 5 février, n’auraient pas été du goût du prince. Selon certaines indiscrétions, même un mauvais tour aurait été joué au « bienfaiteur » lors de la dernière élection d’un nouveau bureau du CNOT.

Un autre Général, le Gal Béréna serait aussi tombé en disgrâce auprès de Faure dans cette affaire de faux coup d’Etat de Kpatcha que l’on n’arrive pas à mettre à la disposition de la justice. Il perdra son poste de commandant de l’Armée de terre, avant d’être nommé à la tête du Commandement de l’ONUCI. Il y a le Gal Séyi Mémène qui, selon les rumeurs qui ont circulé un temps dans le cadre du rôle impartial joué lors des deux dernières élections à la FTF, n’aurait visiblement pas été apprécié par la hiérarchie. Au Togo, quand vous recherchez l’impartialité et quand vous vous efforcez à la neutralité, c’est que vous êtes contre le roi ou le prince. Ce fut le cas également pour le demi-frère Rock Gnassingbé qui a perdu le commandement du Régiment blindé de reconnaissance et d’appui. Idem pour le Cdt Kemence qui a été muté dans ce mouvement général.

Des signes annonciateurs d’une fin de règne prématurée ?

En parcourant l’un après l’autre tous les éléments que nous venons de passer en revue,  et en les analysant, on est amené à se demander comment le jeune président qui a remplacé son père à sa mort par un honteux exercice et qui a essayé de convaincre tout le monde après, qu’il ferait mieux que son géniteur (confère « lui c’est lui, moi c’est moi ») et qui se considère comme un leader nouveau, un esprit nouveau, a pu abandonner le plus simple, pour le plus compliqué. C’est-à-dire pour tout ce qui le dessert aujourd’hui.

Il était difficile de croire en 2005 que Faure allait conduire ce peuple au stade actuel, allant jusqu’à cultiver l’esprit de tribalisme alors que ceux qui, de l’extérieur comme Tandja Mamadou avaient essayé de convaincre la communauté internationale en déclarant en 2005 que, de par sa double origine, il était le mieux placé pour rassembler les Togolais. Nous n’en voulons pour preuve que sa complicité lors de l’élection du nouveau bureau de la FTF avec des conséquences que les Togolais vivent aujourd’hui et avec une indifférence du sommet de l’Etat vis-à-vis du football national. Tout ceci permet de dire que Faure a choisi volontairement de mettre de son côté tous les ingrédients pour écourter son mandat.

En dehors de ces erreurs que Faure a commises en tant que chef d’Etat devant avoir pour mission première de faire oublier la mauvaise image laissée par son père, on constate aujourd’hui des signes qui ne trompent pas et qui poussent à croire que tout joue contre lui. S’en rend-il lui-même compte ? A-t-il autour de lui des gens qui au moins ont le courage de lui dire que telle ou telle chose constitue un mauvais présage ?

Le 27 avril dernier, un cheval et son cavalier seraient tombés en plein défilé. Cela, de mémoire d’homme, ne s’était jamais passé du temps de feu Eyadèma pendant ses 38 ans de règne. De même, le lanceur de sabre aurait perdu à deux reprises la maîtrise de son outil tombé au sol au niveau de la tribune d’honneur. Si ces deux informations s’avéraient, il y a lieu de se poser des questions.

Autre chose, il y a cette volonté délibérée de Faure de vouloir créer son propre parti et se séparer du RPT. Les caciques seraient très réticents face à cette initiative suicidaire à laquelle il tient tant. Ce qui explique d’ailleurs que le congrès du parti qui devrait se tenir depuis l’année passée tarde à voir le jour, tant les positions sont tranchées. De l’avis de certains, ce parti a été créé par son père et c’est lui qui l’a porté au pouvoir. S’il devra malgré tout s’entêter et créer un autre, « il s’agira de voir par où il va passer pour gouverner avec son nouveau parti en vue ».

Autant de choses qui nous poussent à nous plaindre de l’avenir proche de l’homme qui, lui-même, ne se doute de rien. Sur quoi ou sur qui compte-t-il pour narguer tant son peuple avec une indicible arrogance et un mépris caractérisé vis-à-vis des Togolais ? Nous ne saurions y répondre. En vérité, Faure Gnassingbé nargue ses compatriotes, sinon, il ne peut pas annoncer placer l’année 2011 sous le signe de l’amélioration des conditions de vie des Togolais en leur « lançant à la figure » 6500 F comme augmentation, argent de poche d’un écolier par les temps qui courent et pour une période de 2 semaines, pendant que le même régime qu’il dirige procède à la hausse de 20% du prix du courant électrique. Heureusement que Faure va prier régulièrement au Saint Siège en Italie et vivement qu’il reçoive la lumière du saint esprit pour se remettre en question en reconnaissant qu’il y a beaucoup de choses qui jouent contre lui.

E. Djibril

source:liberté hebdo togo

 

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