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Fabre, l’ANC et le Jerk de rue

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Pour rester fidèle à lui-même, Jean-Pierre Fabre n’a pas changé. L’ancien associé de Gilchrist Olympio, en quittant l’UFC, a emporté avec lui les mauvaises vieilles recettes. Naturellement, son nouveau parti, l’ANC qui a failli faire rêver tout le monde, est vite devenu un remake de l’UFC : arrogant, répulsif, populiste. La coquille dont on attendait qu’elle montre son contenu, dévoile, peu à peu, un trou noir. Et l’attente risque d’être longue, peut-être, vaine. Les cibles dans la vision du parti vont du coq à l’âne. Du “Faure doit partir” au “Dégli, le Zorro au service du RPT”. Le saut n’est pas qualitatif pour un parti dont le chef, laborieusement, parfois à tue-tête, cherche à devenir le numéro un de l’opposition. Fabre et ses amis, pour l’heure, ont l’air évasifs. Leur strategie a pour limite apparente la marche du samedi qui ne laisse apparaître aucune destination précise. Chez bon nombre de leurs sympatisans, les repères sont déjà brouillés.

A la plage, ces dernières semaines, Jean Dégli a trop occupé le champ de tir de l’ANC. Il a été traité sous tous ses angles, avec toute sorte d’invectives qui frisent, tantôt la médisance, tantôt la diffamation. Parfois, on se sent dans une fiction, loin de la décence dont un parti a besoin pour asseoir sa notoriété. On peut reprocher à l’avocat de s’associer à un projet de loi du gouvernement sur les libertés de réunions sur la voie publique. Parce qu’on ne côtoie pas Pascal Bodjona, l’auteur dudit projet, sans se voir jeter sur un bûcher, sans traîner une flétrissure morale.Certes. Mais faire de Dégli, rien que pour ça, un substitut pour doper l’anesthésie de la plage est un tort qui ne met pas l’’ANC à l’abri d’un effet boomerang. A force de se lâcher contre lui ou de le tancer avec tant de frénésie, on a perdu de vue que Dégli, aussi bien que le projet de loi qu’il a voulu aider à améliorer, n’est pas le mal de la nation ? Loin s’en faut. A preuve, dans les années 90, sous le régime de plomb d’Eyadéma régi par des lois coloniales coriaces, les Togolais ont réussi à défier la dictature et à faire trembler le trône. Lorsque les conditions seront réunies, ce n’est pas une “Loi Bodjona”, aussi liberticide soit-elle, qui va les empêcher de refaire le même exploit. Un peuple opprimé, et qui a faim, finit toujours par manger le pouvoir, quelle que soit la loi.

Si l’ANC veut prétendre à la réputation de son nom qui ronfle à tout casser, il lui faut prendre de la hauteur et tourner ses stratégies vers la mise en place de ces conditions. Cela suppose qu’elle doit quitter la pente savonnée du populisme primaire. S’atteler à faire avaler aux Togolais ce condensé de démagogie qui livre un citoyen sans grande dangerosité au vindicte populaire, c’ est le signe d’un déficit d’innovation, d’un aveu d’incompétence politique. Le vent de la réthorique qui souffle à la plage va dans une mauvaise direction.Il est en net divorce avec la noblesse de l’esprit et de la lettre du FRAC. Ce vent, la barque ANC ne l’a pas en poupe. Bien au contraire. C’est pourquoi il suscite, chez beaucoup, doute et prudence. Puis, on y voit pas trop la force qui peut défaire et rompre le « pouvoir caviar » de Faure, ce pouvoir d’en haut qui, chaque jour, chosifie les Togolais. Fabre a fort à faire s’il veut gagner en surface. Ce que nous voyons, pour l’instant, n’est autre chose qu’ un jerk de rue incohérent. Ça peut, fatalement, conduire dans une vallée profonde, l’ANC en laquelle certains Togolais, au début, avaient voulu fonder leur espoir.

Kodjo Epou Washington DC USA

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