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Départ de la tête de la Gendarmerie : Le Lt-Col Yark Damehane, au début de sa fin

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Depuis deux semaines, l’homme a appris à enfiler des vestes, du civil, en lieu place de son treillis habituel. Normal, puisque devenu ministre au sein du gouvernement Ahoomey-Zunu, en charge du portefeuille de la Sécurité et de la Protection civile. Jusqu’à vendredi, il cumulait son nouveau poste avec celui du Directeur Général de la Gendarmerie, avant qu’un successeur ne lui soit trouvé à ce dernier poste. Désormais, l’homme sera plus un administratif (pourquoi pas politique), que militaire. C’est, incontestablement, le retour à la vie civile d’un homme qui n’avait plus totalement la confiance du « Prince ».

On le sait, le Lt-Col Yark Damehane n’est plus vraiment dans les bonnes grâces de Faure Gnassingbé. Cité, entre-temps, parmi un groupe d’officiers à la réputation sulfureuse dans notre pays, surtout après son passage musclé au Centre de Traitement des Renseignements (en compagnie d’un certain Yotrofeï Massina), depuis ces dernières années, l’homme a semblé plus réservé. En dehors de sa sortie publique liberticide lors d’une manifestation des journalistes à laquelle il s’était interposé, il y a quelques années, Yark Damehane était devenu plus discret. La presse qui ne lui faisait vraiment pas de cadeau, surtout sous Eyadéma, a commencé par remarquer une certaine nouvelle attitude de l’officier. Ses prestations à la tête de la FOSEL en 2007 ont été saluées par des observateurs et ses compétences ont même été sollicitées sous d’autres cieux pour superviser la sécurisation de processus électoraux. Soyons-en d’accord, l’homme n’était pas totalement devenu un fin démocrate. Il a conservé quelques reflexes répressifs. Mais les clins d’œil de la presse et de certaines organisations internationales à l’endroit du désormais ex-Directeur de la Gendarmerie, pendant que son « patron » continuait d’être la cible des tirs nourris de la presse et sous la pression de la communauté internationale, commençaient à paraître suspects.

Par ailleurs, il y avait parallèlement une « guerre froide » entre lui et son ancien collègue du CTR, le Col Yotrofeï Massina qui ne manquait pas d’occasion de lui glisser des peaux de banane. Des collaborateurs de l’ex-patron de la Gendarmerie ont témoigné avoir été contactés par son rival pour lui créer des ennuis auprès de Faure Gnassingbé. Cette rivalité qui date de plusieurs années a toujours cours jusqu’à ce jour. On se souvient des attaques récentes contre la personne de Yark et ses proches (sa femme notamment, accusée de trafic douteux) sur certains sites Internet par des internautes qui estiment que « le Chef de l’Etat a la confiance du Col Massina » et que tout bras de fer serait en faveur de l’« Homme du Gantananmo ». Le camp de ce dernier n’hésite même pas à considérer l’actuel ministre de la Sécurité comme membre du « réseau Bodjona », donc à abattre au même titre que ce dernier.

Toutes ces choses considérées, le départ de Yark de la tête de la Gendarmerie n’est qu’une demi-surprise, tout comme il est une petite-victoire pour le camp Massina qui doit se frotter les mains d’avoir réussi à le confiner dans un bureau, désormais sans réelle autorité sur les éléments de terrain. Et l’avenir de l’Homme ?

Le Lt-col Yark Damehane ne doit pas se leurrer. Il a entamé sa descente. Soit, il sera conservé ministre dans plusieurs gouvernements, en entendant sa retraite ; soit après un bref séjour au gouvernement, on lui trouvera un strapontin à l’Etat-major où il passera le reste de sa vie active de militaire. De toutes façons, l’homme retourne progressivement à la vie civile sans aucune garantie d’en jouir paisiblement. Ses derniers actes seront déterminants pour la suite. Soit, il reste fidèle au régime en manifestant du zèle tout en espérant ne pas subir un sort similaire à celui de François Boko. Soit il s’aménage une porte de sortie « honorable » en manifestant plus d’égard à la population, au respect des droits de l’Homme, en se démarquant des pratiques du régime. Nul doute, cette dernière posture n’est pas sans risque pour l’homme qui devra s’attendre se mettre à dos Faure Gnassingbé et donc à subir la foudre du « monstre » qu’ils ont fabriqué ensemble. Sa position est tout de même délicate surtout avec la patate chaude à lui confiée par le «Prince», le ministère de la Sécurité, d’où il aura la charge de gérer les manifestations de plus en plus croissantes des organisations civiles et politiques de notre pays. Là aussi, il devra prier pour ne pas à avoir à assumer des bévues des fameux « sécurocrates », puisque, à l’instar de son prédécesseur, il risque de ne pas avoir les coudées franches. Ici se joue la fin d’une carrière, d’une vie, et le Lt-Col Yark Damehane ne doit pas se méprendre sur ce qui l’attend. Mais déjà, l’homme a annoncé les couleurs de ce qu’il entend faire de son nouveau poste, en faisant une sortie des plus gauches et contestables hier, prétendant vouloir interdire les manifestations du CST. Comme quoi, certains ont eu tort de croire qu’il a changé.

Mensah K.

lalternative-togo.com

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