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DEBUT D’INSURRECTION AU TOGO LIEE A L’IMPUNITE : Faure Gnassingbé répond avec la force des armes

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COMMUNIQUÉ DU 14 juin 2012

Au Togo, au moins deux faits majeurs d’incivilité du pouvoir de Faure Gnassingbé sont en train de faire monter le niveau de défiance entre les dirigeants et la population togolaise. La conséquence des troubles, des marches pacifiques à répétition, des revendications… en face, des falsifications de rapports, de l’impunité, de l’unilatéralisme dans un monologue inclusif, et des militaires antirépublicains qui font la pluie et le beau temps. Une organisation de la société civile, « Collectif Sauvons le Togo » a choisi de manifester ce mécontentement publiquement. Faure Gnassingbé répond avec la force des armes et des jeunes « casseurs » passent aux aveux et affirment avoir reçu des sommes variant entre 2 000 et 12 000 FCFA (3 à 20 Euros) pour semer le trouble et la casse afin d’accuser la marche pacifique du mouvement pacifique des citoyens.
1. LE RAS-LE-BOL DU PEUPLE TOGOLAIS S’EXPRIME

L’un des premiers faits remonte à février 2012 où un rapport commandé par le Gouvernement (ministère de la Justice) à l’ONG togolaise, la Commission Nationale des Droits de l’Homme du Togo (CNDH) a conclu à la responsabilité de l’Agence Nationale de Renseignement (ANR) dans des actes de tortures perpétrés contre 33 présumés-accusés dans un coup d’Etat de 2009, non réellement prouvés. A la suite de la parution du rapport original, le Gouvernement a produit un deuxième rapport falsifié et en a profité pour rejeter les accusations de tortures à l’endroit de l’ANR. Après avoir été confondus par les médias, le Gouvernement togolais et Faure Gnassingbé ont fini par avouer indirectement la falsification du premier rapport original. Ils sont sortis de cette affaire embarrassante et honteuse avec une volonté de réforme des services sécuritaires du pays, réformes confiées à ceux-là même qui sont soupçonnés être à l’origine des exactions identifiées par des enquêteurs neutres et objectifs de la société civile (CNDH). C’est donc bien le refus de mettre en application les recommandations du rapport de la CNDH qui a conduit une grande partie de la population de Lomé à procéder à une marche vers le centre des affaires de la capitale (quartier Deckon).

Le deuxième fait majeur d’incivilité du Gouvernement de Faure Gnassingbé consiste en la mise en œuvre de sa technique favorite consistant à faire « semblant de discuter », puis d’imposer unilatéralement ses points de vue, tout en prenant soin de s’assurer le soutien indirect et mou des chancelleries occidentales, lesquelles préfèrent rester aveugles ou sourdes à la vérité des faits. C’est ainsi que l’Assemblée nationale du Togo, sous la menace et le contrôle des militaires acquis au pouvoir togolais, a adopté des dispositions non consensuelles sur un code électoral. Tous les partis d’opposition sérieux ont considéré cet état de fait comme un coup de force parlementaire. Mais comme les instructions viennent de l’exécutif togolais avec à sa tête, Faure Gnassingbé et que ce dernier est celui-là même qui a souhaité que le dit « dialogue inclusif » aboutisse au même résultat qu’un « monologue inclusif », il ne faut pas s’étonner qu’une partie de la population togolaise exprime son ras-le-bol avec près de 500 000 citoyens togolais pour défendre le retour d’un processus transparent et sain des représentants du peuple togolais.
2. INSTITUTIONNALISATION DE L’IMPUNITE : LA CVJR

Les nombreuses séances de conversation, organisées par la Commission vérité, justice et Réconciliation (CVJR) sur les crimes au Togo avant l’arrivée de Faure Gnassingbé au pouvoir en 2005, ont eu un rôle néfaste sur le retour de la paix au Togo. Mgr Nicodème Barrigah-Bénissan, Président de la CVJR, qui a produit un rapport-livre d’histoire, a empêché le système judiciaire de prendre en charge les sanctions à apporter aux actes de tortures et de morts sur de nombreux citoyens togolais. De nombreux proches de Faure Gnassingbé, notamment Yotrofeï Massima, Directeur de l’Agence nationale du renseignement (ANR), le lieutenant-colonel Atcha Mohamed Titikpina considérés par de nombreux témoins comme les principaux commanditaires d’actes de tortures et de non-respect des droits humains au Togo.


Au lieu de voir les revendications s’exprimer de manière sectorielle ou catégorielle comme auparavant, au lieu de laisser les partis politiques s’exprimer en son nom, la société civile togolaise s’est prise en charge en créant le « Collectif Sauvons le Togo ». Cette organisation de la société civile togolaise regroupe dix-sept organisations de défense des droits de l’Homme, des associations de la société civile et des partis politiques d’opposition et dispose d’un réseau très important de soutiens au sein de la diaspora togolaise. Il est donc demandé à toutes les représentations diplomatiques de considérer le CST comme une contrepartie légitime qui s’exprime au nom d’une grande majorité de la population togolaise, enfermée dans le silence du fait d’un système civilo-militaire s’organisant pour rester durablement au pouvoir.

A ce titre, ce système que Faure Gnassingbé est en train de restructurer avec le nouveau parti UNIR (Union pour la République), en remplacement de l’ancien parti RPT (Rassemblement du Peuple togolais), rencontre encore quelques difficultés pour s’imposer aux populations. Il faut donc des élections transparentes qui expriment la vérité des urnes et dont les résultats ne sont pas abusivement inversés par une cour constitutionnelle, pour savoir véritablement ce que souhaitent les populations togolaises. Mais voilà, la communauté internationale, dès lors que les autorités togolaises satisfont, au moins en apparence, leurs désidérata, ou tout simplement s’inscrivent dans une logique de politique néo-libérale mettant les intérêts étrangers au-dessus de ceux des populations togolaises, alors on assiste lors des élections présidentielles au Togo, en 2005 comme en 2010, à la légitimation d’une démocratie de façade seulement, sous contrôle de militaires non-républicains 1. Il est donc très difficile pour le peuple togolais de s’exprimer et de faire passer sa volonté de peuple souverain. Le silence de nombreux médias étrangers sur plus de 15 mois de manifestations de partis d’opposition mettant en cause les conditions non transparentes des élections présidentielles passées et récemment des manifestations de rue d’une large majorité des populations togolaises, ce dans plusieurs villes du pays, témoigne de la partialité organisée de certains médias internationaux comme nationaux du reste.
3. RESPONSABILITE INDIRECTE DE LA COMMUNAUTE INTERNATIONALE

Il faut bien constater que les Chefs de missions diplomatiques présents au Togo à savoir l’Union européenne, la République fédérale d’Allemagne, la France, les Etats-Unis d’Amérique ainsi que le système des Nations Unies, ont tous « noté avec préoccupation » le retard pris dans la mise en œuvre des opérations préparatoires pour les élections législatives et locales prévues mais non confirmées pour fin 2012. Il n’y a même pas de Commission électorale nationale indépendante (CENI) en place sur une base paritaire avec l’opposition pour s’assurer que l’organisation des élections se fera dans la transparence. Les responsables des missions diplomatiques, qui informent tous les jours leur capitale constatent aussi qu’il n’a même pas encore été prévu de mettre en place le processus de «sécurisation des bulletins de vote, de transmission, de compilation et de publication claire des résultats ». Faure Gnassingbé refuse toujours de recenser les Togolais de l’étranger. Ce n’est pas la dernière et énième réforme du code électoral, qui exclut la Diaspora togolaise, unilatéralement exclue des listes électorales et donc des votes futurs, et le découpage électoral sur mesure pour les représentants du parti UNIR, ce à la veille des élections législatives, qui va permettre de retrouver la confiance entre les dirigeants actuels et le peuple togolais.

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Dr Yves Ekoué AMAÏZO

Coordinateur Général

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