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Cvjr au Togo : Réconciliation de Mgr Barrigah / De la responsabilité des violences

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Rien que des victimes et des innocents, pas un seul coupable !!!

« Les audiences doivent avoir une fonction pédagogique favorable à une catharsis collective, qui incite à la reconnaissance des fautes, de la souffrance et de la détresse, infligées à l’autre, qui incite à demander pardon et à accorder le pardon », déclarait le président de la Commission Vérité, Justice et Réconciliation, Mgr Nicodème Barrigah-Bénissan le mercredi 3 août dernier lors de la deuxième journée de l’atelier de formation des membres et du staff technique de la Cvjr sur les audiences publiques et privées. Le prélat l’a si bien dit, il faut des aveux des coupables des violences pour inciter les victimes à leur accorder le pardon, pour une véritable réconciliation. La Cvjr est presque au terme de la phase des audiences, mais les Togolais qui suivent les reportages sur cette phase du processus n’ont malheureusement vu que des victimes. Pas un seul coupable de ces violences! Même les auteurs avérés nient tout en bloc. Petit tour d’horizon !

Evénements de la Lagune de Bè et attaque

de la Primature

13 septembre 2011. Siège de la Cvjr à Lomé. Etaient sur le tapis les événements douloureux de 1991. D’abord l’affaire des vingt-huit (28) repêchés de la Lagune de Bè le 11 avril, au lendemain des violences perpétrées par des hommes bien identifiés comme appartenant aux Forces armées togolaises. Des témoignages avaient même cité Ernest Gnassingbé au devant de la meute de corps habillés, tous munis d’armes automatiques et de gourdins pour réprimer les populations, et les corps repêchés portaient bien des traces de coups et de blessures. Mais sans aucun état d’âme, le Colonel Djibril et ses camarades sont venus raconter que ce sont les manifestants eux-mêmes qui se sont noyés ; ils ont même poussé l’outrecuidance jusqu’à dire que des leaders de l’opposition sont allés chercher des corps à la morgue pour les jeter dans la lagune, histoire de gonfler le nombre des victimes et jeter l’anathème sur l’armée. Durant le couvre-feu cette nuit du 10 avril 1991 !

Le témoin privilégié, sinon la cible de l’attaque de la Primature, Me Joseph Kokou Koffigoh est venu témoigner, confirmant juste ce que l’opinion nationale savait déjà, à savoir une attaque en règle des corps habillés contre la Primature. Le pire serait même arrivé s’il ne s’était pas rendu. Mais ici aussi, les Fat ont tout fait pour se dédouaner et charger proprement le pauvre Koffigoh.

La faute aux « éléments incontrôlés »

A l’étape de Kara, le 30 septembre dernier, était sur le tapis l’attentat de Soudou perpétré le 5 mai 1992 contre le convoi de l’ « Opposant périmé » Gilchrist Olympio, qui avait coûté la vie à des hommes de valeur dont Dr Marc Atidépé. Les auteurs de ces événements étaient bien identifiés comme des éléments des Forces armées togolaises. Leur chef de file avait pour nom Ernest Gnassingbé, à l’époque tout-puissant au commandement du régiment parachutiste. L’enquête diligentée par la Fédération internationale des droits de l’Homme (Fidh) avait fait la lumière sur cette attaque.

« L’importance des moyens utilisés en matériel de guerre, armes automatiques et roquettes, et en véhicules (deux ou trois) et en hommes (au moins six) et la méthode employée (embuscade) laissent présumer la complicité de l’Etat Major des forces armées et des chefs de corps de ces militaires, en particulier le Colonel Aregba, Colonel du régiment para commando, caserné non loin des lieux de l’attentat », dit le rapport, qui fait aussi état du « refus de l’Etat Major de l’armée togolaise de coopérer, notamment à l’offre d’audition des militaires en cause et de pénétrer dans les enceintes militaires qui leur a été signifié oralement par le Général Bonfoh lors de la deuxième entrevue avec le président Eyadéma ».

Assez pour se laisser convaincre d’une complicité manifeste au sommet même de la hiérarchie militaire. Mais les corps habillés ont nié l’évidence. A en croire le droit de réponse présenté à Kara par leurs porte-parole, les Fat comme institution n’y sont pour rien, mais peut-être des « éléments incontrôlés ». « Les Forces armées togolaises, en tant qu’institution n’ont ni de près ni de loin commandité ou cautionné l’attaque du convoi de l’Union des forces de changement (Ufc) à Soudou le 5 mai 1992. Cependant, compte tenu de la situation sociopolitique qui prévalait en ce moment, il n’est pas exclu que des éléments incontrôlés aient agi de leur propre gré, sans ordre de la haute hiérarchie militaire pour perpétrer cette attaque regrettable. Ce faisant, ils engageraient de facto leur pleine et entière responsabilité personnelle », pouvait-on lire dans leur droit de réponse.

Kantchati se dédouane, et menace

Démarrées le jeudi 6 octobre, les audiences publiques, privées et à huis clos à Sokodé ont été clôturées le mardi 11 octobre, avec au total soixante-quatre (64) dossiers examinés, liés, entre autres, aux troubles sociopolitiques orchestrés par des militants de partis politiques, aux violences intercommunautaires suivies de déplacements massifs de populations, aux exactions des éléments des Forces armées togolaises, au décès de Djobo Boukari en 1997, aux violences liées à la présidentielle du 24 avril 2005. Mais comme à toutes les étapes ou presque, celle de Sokodé a aussi enregistré un démenti.

En effet l’ancien préposé au ministère de l’Urbanisme et de l’Environnement Okoulou Kantchati Issifou, doigté le 24 septembre lors des audiences publiques de Dapaong comme le commanditaire des violences survenues à Mango en avril 2005, a dépêché un émissaire, Nana Mama, député à l’Assemblée nationale, pour présenter en son nom un droit de réponse à ces accusations. Le ministre « dénonce des accusations grotesques et graves » et explique ces violences par des « causes lointaines », « des problèmes fonciers entre les clans Dozos et Ndjé ». « Le 24 avril 2005, nous étions en visite à Barkoissi quand nous avions été informés des violences déclenchées dans le quartier Djabou à Mango (…) », dit-il, comme pour prouver son innocence. « Les manifestants provocateurs venaient du clan Ndjé. Cette affaire a été portée devant les juges et tranchée », indique Okoulou Kantchati, avant de menacer : « Dire que nous avons soudoyé les juges, ce ne sont que de fausses allégations et nous comptons porter plainte devant les juges ».

Major Kouloum blanc

comme neige

N’ma-Bilizim Kouloum. Ce nom ne disait pas grand-chose aux Togolais avant avril 2005. L’homme faisait partie de ces nombreux citoyens anonymes, dont on ignorait l’existence, comme le pauvre paysan de Djarkpanga ou l’éleveur de cochon du côté de Vogan. Mais le personnage va se mettre en exergue et entrer dans l’Histoire macabre du Togo à la faveur de l’élection présidentielle d’alors, et pour être précis, des violences qui s’en sont suivies à Atakpamé qui compte parmi les localités ayant souffert le plus de ces événements. Nous l’annoncions déjà dans la parution d’hier, le monsieur qui a été doigté par plusieurs témoins au cours de ces audiences, nie tout en bloc dans un droit de réponse.

Pour celui que certains caricaturent de « La terreur d’Atakpame », ce sont les jeunes de l’opposition, « sous l’effet de la drogue », qui sont responsables des violences. « Ils ont pillé, brûlé des biens appartenant aux militants du RPT…tué certains membres du RPT et violé des femmes sympathisantes du RPT, originaires du nord», dit le Major Kouloum. Visiblement pour faire diversion. Il s’est même permis de menacer : « Chez nous, on dit souvent que l’oiseau qui appelle la pluie, c’est sur sa tête que la pluie va tomber ». Comme on se trouvait sur une scène géante, il menace de porter plainte contre les témoins qui l’ont accusé.

Et pourtant ce n’est pas la toute première fois que le monsieur est cité ! La plupart des rapports d’enquêtes établies sur ces événements de 2005, et même celui de la Commission Koffigoh l’ont nommément cité comme instigateur des violences à Atakpamé. Mais au nom de l’impunité dont il bénéficie, il peut se permettre tout.

Identifier, à la suite d’enquêtes et d’investigations, les auteurs, institutions, organisations et autres responsables de ces violences et violations des droits de l’homme; proposer au gouvernement des mesures pour la réparation des préjudices subis par les victimes et pour éviter la répétition de ces actes de violences et ainsi lutter contre l’impunité et renforcer la réconciliation nationale, ce sont là, entre autres, les objectifs assignés à la Commission Vérité, Justice et Réconciliation. Mais à l’allure où vont les choses, on risque de n’enregistrer que des victimes et des innocents, et pas un seul coupable. Et là Mgr Barrigah qui fait montre d’optimisme béat, n’aura rien fait.

Tino Kossi

 

source : groupe liberté hebdo Togo

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