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Crise libyenne et retour des ressortissants africains au pays

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Le gouvernement togolais abandonne à leur triste sort les Togolais déjà rapatriés. Plusieurs dizaines de Togolais toujours bloqués en Libye

C’est par un communiqué rendu public par la branche togolaise de l’Association pour la taxation des transactions financières et pour l’aide aux citoyens (ATTAC) que la nouvelle est diffusée. Plusieurs dizaines de Togolais seraient encore retenus sur le territoire libyen ou à ses frontières cherchant à regagner leur pays en vain. Et pourtant, en début de cette semaine, à la faveur du rapatriement d’un groupe de ressortissants togolais retenus à la frontière entre la Libye et la Tunisie, c’est tout un bataclan ministériel qui a fait le déplacement de l’aéroport international de Lomé pour accueillir les citoyens togolais qui ont échappé à l’enfer libyen. Ces hommes et femmes ont été accueillies à l’aéroport international de Lomé-Tokoin par plusieurs membres du gouvernement notamment, le ministre Elliott Ohin des Affaires étrangères et de la Coopération, sa collègue de l’Action sociale et de la Solidarité nationale, Mme Meïmounatou Ibrahima, et le ministre de la Sécurité et de la Protection Civile, le Colonel Gnama Latta.

La raison d’un tel déploiement ministériel sera donnée plus tard dans un communiqué du gouvernement rendu public à l’occasion de cet heureux événement. C’est parce que ce rapatriement n’a été rendu possible que « sur instructions du chef de l’Etat », qui a à cœur la situation de ses concitoyens « en détresse en terre libyenne suite au climat politique actuel tendu dans ce pays », qu’on a tenu à leur réserver cet accueil royal.  Et pourtant, c’est un avion affrété par l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM) qui a convoyé jusqu’au tarmac de l’aéroport de Lomé-Tokoin, les ressortissants togolais. Comme quoi au Togo, l’art de tirer la couverture vers soi est la chose la mieux partagée.

Cet accueil gouvernemental de grand standing aurait pu être salué si les rapatriés avaient fait l’objet d’un suivi dans l’optique de les aider à se réinstaller au Togo, un pays que certains d’entre eux ont quitté il y a des décennies. Bon passons.

Dans son communiqué, l’association altermondialiste ATTAC  croit savoir que de nombreux citoyens togolais vivent dans une longue attente au camp de réfugiés de Choucha à la frontière avec la Tunisie. D’après le rapport envoyé par un membre de cette association sur le terrain, les ressortissants togolais feraient partie des laissés pour compte, des personnes qui ont chaque jour, « le regard fixé sur le tableau de rapatriement affiché par l’Organisation Internationale de la Migration, sur lequel il reste écrit pour le Togo : « pas confirmé ». Au même moment, les autres pays d’Afrique de l’Ouest ne cessent d’affréter des avions pour le rapatriement, chaque jour, de leurs ressortissants. Pour la seule journée du 22 mars, trois vols ont quitté Tunis pour Accra et le même nombre de vol est prévu le lendemain pour convoyer des réfugiés ghanéens. Les échos reçus des premiers réfugiés arrivés au Togo font état de leur abandon à Lomé à leur arrivée, alors que la majeure partie des réfugiés togolais rencontrés sur place sont originaires du Nord du pays et n’ont plus aucune ressource pour rejoindre leur famille ».

Comme on le voit, le travail qui reste à l’Etat togolais à faire est plus immense que ce qui a été déjà fait par l’OIM. Et pourtant, on se réjouit déjà de la tâche accomplie. En effet, sur près de 750 ressortissants togolais pris au piège en Libye, c’est seulement près de deux cents (200) qui ont pu être ramenés au bercail. Mais habitué à la culture de l’autocongratulation au Togo, on n’a pas pu s’empêcher de se réjouir de ce travail de Titan qu’on vient d’abattre. On crie déjà sur tous les toîts, à grand renfort médiatique, qu’on a fait l’essentiel. Quel serait aujourd’hui le sentiment des Togolais encore retenus dans ce pays en proie à la guerre lorsqu’ils regardent chaque semaine, le Ghana, le Nigeria, le Burkina, et bien d’autres pays africains faire plusieurs rotations d’avions pour ramener au pays, leurs ressortissants ? On n’ose pas le dire.

Face à cette situation déplorable, l’association ATTAC n’a pas hésité pas à tirer la sonnette d’alarme et à demander au gouvernement togolais de « prendre dans l’immédiat des mesures urgentes pour le rapatriement de tous les réfugiés togolais dans les camps en Tunisie, en Egypte et des Togolais encore présents en Libye, particulièrement les étudiants boursiers vivant à Tripoli ». Elle demande également aux autorités togolaises d’assurer le transport des réfugiés déjà rapatriés, de Lomé vers leur ville d’origine ou leur lieu de résidence, de leur fournir un suivi médical gratuit à leur arrivée et  de faciliter leur réintégration sociale et économique au Togo.

La situation de certains rapatriés n’est pas du tout rose. Si le gouvernement se plait à dire à qui veut l’attendre que les ressortissants togolais qui ont été rapatriés ont déjà rejoint leurs foyers à l’intérieur du pays pour certains et à Lomé pour d’autres, la situation ne se présente pas de la sorte dans la réalité. « Depuis qu’on nous a rapatrié de Libye, nous avons été abandonnés à notre triste sort, témoigne un ressortissant togolais arrivé de Libye. Quand nous étions arrivés à l’aéroport, on nous a fait remplir des fiches. Alors nous avons cru que c’était dans le but de nous octroyer un accompagnement pour notre réinsertion. Mais depuis lors, on ne voit rien arriver.

Je vis actuellement dans la même chambre que mon frère, sa femme et ses enfants. Alors que moi même j’ai une femme et des enfants. Vous comprenez donc que mon problème est relatif au logement. Mais le plus urgent pour moi, c’est de trouver un boulot. Je suis à la recherche effrénée d’un travail afin de subvenir aux besoins de ma famille parce que je ne pourrait pas vivre aux crochet de mon frère tout le temps. Nous sommes plusieurs à être dans ce cas et nous demandons au gouvernement de nous aider sinon Tripoli serait encore mieux ».

En dehors de cette situation que vivent les Togolais de Libye, des milliers d’autres ressortissants togolais sont bloqués en Côte d’Ivoire et sont l’objet de menaces à peine voilées de la part des jeunes patriotes qui considèrent que le Togo en est pour quelque chose dans la situation que vit actuellement leur pays. Il est donc trop tôt pour le gouvernement de s’auto-féliciter. Il y a encore du boulot à faire.

source: http://www.libertetg.com

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