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Chronique de Kodjo Epou : Le temps est à l’œuvre

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Plus le monde rétrécit, plus il suscite l’anxiété, plus les peuples cherchent à revisiter leur passé, à avoir droit au chapitre. Le Togo ne fera pas exception. Ses enfants chercheront, s’ils ne le font pas déjà, à savoir ce que le parti qui les gouverne a fait de leur pays pendant les 50 dernières années.

Sans passé revisité, pas de présent commun. Tel est l’axiome qui, désormais, chez nous, escalade la peur et prend de la force et du relief. Chacun est fondé aujourd’hui, pour mieux comprendre son propre destin et l’état de précarité de la Nation, à voir le fond de la boîte de Pandore. A la faveur de cette soif de vérité, le régime du RPT nous semble, à terme, condamné.

Il ne se passe guère de semaine sans que notre peuple apostrophe, avec la même insistance, le régime de dictature et de dépravation qui le gouverne. Les étudiants de la Kozah, leurs homologues de Lomé, nous ont montré que le cirque des vérités toutes faites, des promesses sans cesse remises à demain, est terminé, de même que le carcan de l’impuissance. Aussi assistons-nous à des contestations de plus en plus diverses qui coïncident trop dans le temps pour être le fruit du hasard. Leur simultanéité étaye au contraire le constat qu’il n’y a plus d’espace, au Togo, pour les abominations à huis clos. Les populations paupérisées ont compris avoir été ruinées par une seigneurie patrimoniale ayant la haute main sur l’économie nationale, disposant du monopole des entreprises et des parts considérables sur tout projet.

Trop sclérosé, trop rempli de privilèges illicites, ce pouvoir porte en lui-même les germes de sa disparition. Sa résistance contre la farouche volonté de changement des Togolais, va se transformer, pour lui, en une boîte à chagrin. Les observateurs dûment formés peuvent constater que les conditions en sont réunies. Comme c’est le cas dans plusieurs pays où la rupture a eu lieu là où on l’attend le moins, le régime qui n’a pour toute fondation que la manipulation et les machinations, s’effondra. Comme un château de carte.

Ce n’est point une vue de l’esprit, la situation du RPT est compliquée. Il lui faut, pour la démêler, du génie et des têtes normalement faites. Le parti cinquantenaire ne les a plus. Quand bien même il tente, parfois, de prendre les devants et d’annoncer des réformes, il n’est guère pris au sérieux par l’opinion nationale, désormais convaincue qu’elle a affaire à un système pourri, irréformable, dont l’hypocrisie et la duplicité des discours sont les meilleures références. Il a beaucoup à perdre s’il ose d’authentiques réformes, tant les dystrophies de ses dirigeants et des petites oligarchies attenantes sont allé, au fil des ans, croissantes.

Il ne suffit pas qu’un régime s’abstienne de mitrailler son peuple à l’arme automatique pour qu’il mérite d’être qualifié de démocratique. Il l’est, selon les règles, par la tenue d’élections régulières, libres et transparentes qui constituent son principal baromètre. Il est indéniable que les Togolais luttent contre une dictature. Et, cette lutte, initialement pacifique et non-violente, risque, par la force des choses, et en raison de l’attitude jusqu’au-boutiste du RPT, de dégénérer et de sombrer dans le chaos total. Comme l’avait dit John Kennedy : « ceux qui rendent impossible la révolution pacifique rendront inévitable la révolution violente ».

C’est à une véritable fuite en avant que se livre le pouvoir lorsqu’il refuse de regarder l’Histoire droit dans les yeux. Les placards de sa gestion désastreuse ne manqueront pas de s’ouvrir pour laisser échapper les secrets du bradage de la République. Le temps ayant fait son travail, les barrières ethniques artificielles ayant cédé et, le sentiment de révolte ayant fini sa mise en place dans les esprits, il n’y a aucune possibilité que ce pouvoir dévie l’explosion qui rode.

Sauf si Faure Gnassingbé lui-même, les faux dévots, les illusionnistes et autres viles stars de publicité qui prolifèrent dans les abords de son trône, descendent les pieds sur terre pour faire une lecture rationnelle de l’atmosphère politique chargée de toutes sortes de tendances lourdes, signes précurseurs d’une révolution inévitable.

Les jeunes qui manifestent, de Lomé à Dapaong en passant par Sokodé, Sotouboua et Kara, nous font penser aux Soldats de l’an deux, porteurs d’un immense idéal, condamnés à lutter sur plusieurs fronts et dont Victor Hugo nous disait que seule « la liberté sublime emplissait leur pensée …». Ce n’est guère aisé, ce combat extrêmement illégal qu’ils livrent, les mains nues, le ventre creux, simultanément contre la tyrannie du RPT, contre les pickpockets étrangers qui soutiennent cette tyrannie et aussi, en interne, contre une certaine opposition dite modérée dont le « ni pour ni contre » cache mal ses accointances maléfiques. Si, par les soins de cette opposition véreuse, la révolution de la dignité que mène le peuple depuis vingt ans a été kidnappée, confinée ou simplement trahie, il n’est pas sûr qu’il en soit ainsi pour longtemps encore.

Ce régime nous semble, à terme, condamné. Peut-être que les supputations occidentales de realpolitik et de « stabilité » vont lui permettre – dans le meilleur des cas – de s’accrocher encore jusqu’à la fin, en 2015, de son mandat en cours. La seule inconnue reste l’étendue des dégâts que le système faussement vu comme établi sur une armée solide d’inconditionnels, va entraîner dans sa chute. Mieux vaut s’y attendre le lever du soleil ne sera pas sans tumulte et le Togo va connaître de nombreuses convulsions populaires. Le changement va bel et bien se produire. Mais il y aura encore beaucoup de sueurs et de larmes avant que le pays ne devienne définitivement un état de droit. Anatole France ne nous apprend-il pas que « tous les changements même les plus souhaités ont leurs mélancolies ? ».

A l’orée de cette nouvelle année 2012, il est de notre devoir d’interpeler l’Opposition. Elle doit finir de se chercher, pour réellement exister; elle doit agir, sans transiger, à l’intérieur d’une structure assidûment viable, capable de rassurer tant notre peuple que les pays tiers. Il faut, en passant, saluer les rares hommes et femmes encore sains d’esprit qui s’y attèlent avec les moyens du bord. On ne prétend pas s’opposer à un régime tyrannique, tapis dans l’ombre, des rhétoriques sibyllines à la bouche, guettant la moindre occasion de sauter dans un gouvernement d’union nationale. Cette attitude, dans le cas de notre pays, est rondement criminelle et ne peut être que l’apanage d’opposants cupides. Ceux qui, sans cesse, s’y conforment sous prétexte de « changer le système de l’intérieur » participent au crime, très souvent par peur de se voir couper les vivres.

Avec ou sans cette élite perchée à mis-mât, et que nous appelons « les opposants proches du pouvoir », la jeunesse togolaise fera sa Révolution. Et, ce ne sont pas un dialogue national étroitement contrôlé et une réconciliation nationale truquée qui vont freiner le mouvement. Bien au contraire.

Kodjo Epou

Washington DC

USA

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