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Chirac, Villepin et Le Pen accusés de financements occultes par Robert Bourgi

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Ça sent les boules puantes. A quelques jours du verdict du procès en appel dans l’affaire Clearstream, qui doit être prononcé mercredi 14 septembre, l’officieux conseiller de Nicolas Sarkozy pour l’Afrique, Robert Bourgi, accuse Jacques Chirac, Dominique de Villepin et Jean-Marie Le Pen d’avoir reçu des financements occultes en provenance de chefs d’Etat africains. Ces fonds auraient notamment servi à financer la campagne présidentielle de M. Chirac en 2002.

Après avoir accusé, le 11 septembre dans le Journal du dimanche, MM. Villepin et Chirac d’avoir touché « plusieurs dizaines de millions par an », Robert Bourgi a assuré, lundi 12 septembre, que la campagne présidentielle de Jean-Marie Le Pen de 1988 avait été en partie financée par le président gabonais Omar Bongo. « Je le dis aujourd’hui, je n’aime pas faire parler les morts, Jean-Marie Le Pen a été reçu par le président Bongo et le président Bongo a financé la campagne électorale de M. Jean-Marie Le Pen en 1988 », a affirmé M. Bourgi lors d’un entretien accordé à BFMTV.

Contacté par Le Monde, M. Le Pen a dit avoir l’intention de porter plainte en diffamation. « Je dépose plainte contre tous ceux qui me diffament », a-t-il assuré, ajoutant qu’il espérait que M. Bourgi ait gardé « quelques valises de billets pour [lui] payer des dommages et intérêts ». « C’est un personnage étonnant. Cet Arabe chiite est aux ordres de Sarkozy. Ce n’est pas ce que je considère comme un homme politique sérieux. Il ferait mieux de s’occuper de ce qui se passe à Beyrouth au lieu de donner des brevets d’honnêteté », a poursuivi M. Le Pen avant de conclure : « Quand je reçois des jugements sur la politique française, j’ai plus tendance à faire confiance à mes compatriotes qu’à des étrangers ». Sa fille, qui a pris sa succesion à la tête du Front national, n’a pu être jointe.

Exclu : l’interview intégrale de Robert Bourgi

DES MALLETTES POUR JACQUES CHIRAC

M. Bourgi, qui évoque la même affaire dans le livre de Pierre Péan, La République des mallettes (Fayard, sortie le 14 septembre), dénonce un système de financement occulte des activités politiques de M. Chirac. L’ancien maire de Paris et président de la République aurait reçu, selon lui, d’importants versements en liquide, durant toute sa carrière. Il dit avoir « participé à plusieurs remises de mallettes à Jacques Chirac, en personne, à la Mairie de Paris ».

Ce système a été mis en place, dit-il, par Jacques Foccart, légendaire conseiller aux affaires africaines du général de Gaulle puis de M. Chirac, et prolongé par ses soins, après la mort de Foccart en 1997, auprès de Dominique de Villepin, alors secrétaire général de l’Elysée.

M. Bourgi, qui a abandonné le camp chiraco-villepiniste en 2005 pour rejoindre Nicolas Sarkozy, évoque des valises d’argent liquide en provenance de cinq chefs d’Etat africains: Abdoulaye Wade (Sénégal), Blaise Compaoré (Burkina Faso), Laurent Gbagbo (Côte d’Ivoire), Denis Sassou Nguesso (Congo-Brazzaville) et Omar Bongo (Gabon). Ces dirigeants auraient versé « environ 10 millions de dollars pour [la] campagne de 2002 » de M. Chirac. Selon M. Bourgi, le loyer et les salaires des permanents du « club de réflexion » Club 89, dont Alain Juppé fut secrétaire général, auraient été payés par Omar Bongo « entre 1981 et 1992 ».

RUPTURE AVEC DOMINIQUE DE VILLEPIN

L’ancien intermédiaire affirme que tout aurait pris fin en 2005. Selon son récit, M. de Villepin l’aurait convoqué à Matignon pour lui expliquer : « L’argent de Sassou, de Bongo, de tous les Africains, sent le soufre. C’est fini. » L’avocat dit être alors « allé voir Nicolas Sarkozy ». L’actuel chef de l’Etat lui aurait alors fait part de son « étonnement » devant l’ampleur des sommes et aurait proposé à M. Bourgi de travailler pour lui, « mais sans le système de financement par valises ».

Sur ce point, un autre ancien conseiller de M. Chirac, Michel de Bonnecorse, donne une version différente. Dans l’ouvrage de Pierre Péan, il explique que M.Bourgi a continué à « tendre la sébile » pour les deux candidats potentiels de la droite, M. de Villepin et M. Sarkozy, « jusqu’en 2006 ». Après la mise hors course du premier ministre, « au lieu de distribuer une mallette à chacun, il n’en fait qu’une, plus grosse, et la dépose aux pieds du ministre de l’intérieur », affirme M. de Bonnecorse. « Le retour sur investissement a été immédiat », conclut-il, rappelant que M. Bongo a été l’un des tout premiers chefs d’Etat appelés par le nouvel hôte de l’Elysée.

M. Bourgi a renouvelé ses accusations, lundi matin, sur Europe 1. Il a évalué à « 20 millions de dollars » le montant total des sommes remises à M. Chirac et à M. de Villepin. Mais il a admis n’avoir « aucune preuve » de ses affirmations. « Dans ce domaine-là, il n’y a aucune preuve, aucune trace », s’est-il justifié.

PLAINTE DE L’ANCIEN PRÉSIDENT

M. Chirac et M. de Villepin opposent un démenti formel aux assertions de M. Bourgi. Tous deux ont annoncé leur intention de déposer plainte en diffamation. Après s’être entretenu avec la fille de l’ancien président, Claude Chirac, Me Jean Veil a été chargé d’annoncer le dépôt de plainte. « Il est pour le moins suspect, et pour tout dire scandaleux que M. Bourgi ait attendu que le président Chirac ne soit plus en mesure de se défendre pour soulager son âme délicate du poids écrasant qui, semble-t-il, pesait sur sa conscience depuis tant d’années », a déclaré l’avocat à l’AFP. Appelé à comparaître au procès des emplois présumé fictifs de la Mairie de Paris, qui a débuté le 5 septembre, M. Chirac est dispensé d’y assister en raison des troubles de mémoire qui altèrent ses capacités.

« ACCUSATIONS SCANDALEUSES »

M. de Villepin s’est défendu lui aussi d’avoir reçu, comme l’affirme M. Bourgi, des valises de billets. « Les accusations qu’il porte sont graves, scandaleuses, détaillées comme tous les mauvais polars », a expliqué l’ancien premier ministre, interrogé dimanche soir au journal de France 2, assurant que « ce n’était ni la pratique ni l’esprit de la présidence de Jacques Chirac ».

Pour le président de République solidaire, le moment choisi « n’est pas un hasard ». Il a rappelé qu’une enquête est ouverte sur le financement de la campagne d’Edouard Balladur en 1995, dont M. Sarkozy était le porte-parole. « On cherche à me dissuader d’être candidat, on cherche à me mettre des bâtons dans les roues depuis plusieurs années, mais j’ai la peau dure », a dit l’ancien premier ministre, dénonçant « un écran de fumée ».

L’entourage de M. de Villepin a sommé l’Elysée de s’expliquer sur le rôle de M. Bourgi auprès de M. Sarkozy. « Nos compatriotes sont en droit d’attendre que la présidence de la République s’explique officiellement sur la réalité des fonctions de Robert Bourgi, qui se présente comme le ‘M. Afrique’ de l’Elysée. Quel est son rôle, et dans quel cadre? », s’est interrogé Hervé Séveno, l’un des dirigeants de République solidaire.

INDIGNATIONS SOCIALISTES

Candidat à la primaire socialiste pour la présidentielle, François Hollande a fait part de son « étonnement » à la lecture des propos de M. Bourgi. « C’est un conseiller officieux, c’est lui qui est en charge, par je ne sais quelle mission, d’être la relation entre Nicolas Sarkozy et les chefs d’Etat africains. Il vient dire comme ça qu’il a servi d’intermédiaire, qu’il livrait de l’argent à Jacques Chirac et à Dominique de Villepin », a dit le député de Corrèze sur Canal+. M. Hollande a souhaité l’ouverture d’une procédure judiciaire.

Ségolène Royal, aussi candidate à l’investiture du PS, a dénoncé « des règlements de comptes sordides au sein de la droite ». « On a eu l’affaire Woerth, l’affaire Bettencourt, l’affaire Clearstream, l’affaire Karachi. Maintenant, on a cette nouvelle affaire. On n’en peut plus de ce régime glauque et corrompu », a déclaré sur France 5 la présidente de la région Poitou-Charentes.

Le ministre de l’intérieur, Claude Guéant, a nié, lui, que M. Bourgi exerce une fonction officielle auprès de M. Sarkozy. « C’est quelqu’un qui connaît bien l’Afrique et dont on a intérêt à entendre les avis et les informations », a-t-il toutefois estimé, dimanche, au Grand Jury RTL-LCI-Le Figaro. L’ancien secrétaire général de l’Elysée a reconnu que M. Bourgi avait évoqué avec M. Sarkozy ces financements occultes, mais « en termes très généraux ». Les accusations qu’il formule sont, elles, détaillées à l’extrême.

source : lemonde.fr

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