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Le CAR au bord de l’implosion: Guerre de succession, conflit de générations, révélations croustillantes

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Lorsque nous écrivions, il y a quelques mois, dans nos colonnes, un article titré « Yawovi Agboyibo, bélier noir idées obscures », les dirigeants du Comité de’Action pour le Renouveau (CAR) et leurs militants ont fait bloc derrière leur Président d’honneur pour lancer contre notre organe une fatwa digne du pays des Ayatollah. Mais comme on ne peut dissimuler longtemps la vérité, le temps finit par nous donner raison.
 
Depuis plusieurs mois voire au-delà, la sérénité a déserté les rangs du parti des «déshérités». En réalité, elle n’a jamais existé. Depuis son simulacre de départ de la tête du parti qu’il a dirigé de 1990 à 2008, Apollinaire Yawovi Madji Agboyibo n’a jamais facilité la tâche à son disciple, Me Paul Dodji Apevon. Le pauvre Apevon n’avait en réalité que le volant dans ses mains, le «Bélier noir» ayant gardé le contrôle total de l’accélérateur pour contrôler le rythme du « CAR » selon ses intérêts. Après plus de six ans de manoeuvres déloyales, de coups bas, d’obstruction systématique, Me Agboyibo est finalement sorti de l’ombre pour manifester son intention de reprendre la tête du parti. Un projet de retour qui provoque de graves dissensions au sein du parti. Les langues des cadres et militants du parti commencent par se délier et les secrets longtemps bien gardés sont dehors.
 
Le faux départ de Me Appolinaire Yawovi Madji Agboyibo
 
En quittant la tête du parti en 2008, Me Yawovi Agboyibo a créé une instance dénommée « présidium » pour lui permettre de continuer à peser dans les prises de décisions. Instance de stratégie et d’orientation, le fameux présidium incorporé aux statuts du parti est présidé par le président d’honneur qui se trouve être le bélier noir lui-même. Du coup, le Comité directeur qui se trouve être l’organe décisionnel du parti, est réduit en a une chambre d’enregistrement. Il s’instaure alors un bicéphalisme à la tête du parti. Me Paul Dodji Apevon, serviteur loyal et fidèle, l’homme qui ne voulait pas « tuer » le père, est contraint d’avaler les couleuvres, de subir les humiliations.
 
Dans ses manoeuvres sordides et sa roublardise, le «Bélier noir» a su se faire un allié de taille, Jean Kissi, Secrétaire national, à qui il a promis la tête du parti lorsqu’il aura dégommé l’actuel Président. Galvanisé par cette promesse, le bouillant député Jean Kisi n’hésite pas, parfois, à contredire son Président dans les sorties médiatiques et même à l’Assemblée nationale. Lors de la plénière pour l’adoption du fameux Code pénal, on a vu Jean Kissi aller dans le sens contraire du Président du CAR, Me Dodji Apevon qui, lui, fustigeait le nouveau Code, notamment le refus de la criminalisation de la torture et l’article 497 qui pénalise le délit de presse. Au bout du compte, selon les aveux des cadres du parti, Jean Kissi a voté pour le texte alors que Me Dodji Apevon a voté contre.
 
Me Yawovi Agboyibo lui-même n’hésitait pas à s’inviter sur les médias avec son titre de Président d’honneur et à prendre des positions pour entretenir la confusion au sein de son parti. Après plusieurs années de manœuvres pour affaiblir son successeur, le gourou roublard Agboyibo est finalement sorti de sa cachette pour manifester ouvertement sa volonté de reprendre la tête du parti au prix d’une implosion.
 
Le «Bélier noir» veut reprendre la tête d’un CAR en panne
 
A son âge (73 ans) – les militants de son parti lui en donnent plus puisqu’il est né vers)- l’ancien Premier ministre devait prendre une retraite méritée. Le vieux «Bélier noir» ne l’entend pas de cette oreille, il compte reprendre la tête de son parti et l’a clairement signifié aux cadres. Depuis trois mois, au CAR et particulièrement au fameux « Présidium », les réunions s’enchainent et tournent autour d’un seul point: le retour de Zorro, le gourou du CAR, grand roublard et manipulateur devant l’Eternel. Les arguments avancés par le «Bélier noir» pour justifier son retour sont de deux ordres.
 
La première raison est liée à un appel des militants qui auraient constaté la léthargie du parti, une stagnation des activités. Pour ces militants, seul le retour de l’homme de 73 ans pourrait redynamiser le parti.
 
La seconde raison qui découle de la première a trait à l’application de l’APG signé le 20 août 2006. Des militants croiraient dur comme fer que face au refus du pouvoir de Faure Gnassingbé ou du régime RPT-UNIR de matérialiser cet accord, seul Me Agboyibo pourra amener le pouvoir à s’exécuter, d’où la nécessité de son retour.
 
Au sein du présidium où se déroulent les discussions, deux camps s’opposent :
 
Ceux qui sont contre ce retour et font bloc autour du président actuel Me Dodji Apevon. On y trouve, entre autres, le Docteur James Amaglo, Afolla, Malick, Binafame, Kuete, les anciens ministres Klussé, Tchakondo etc. Pour ces frondeurs, le retour du «Bélier noir» aux affaires ne serait pas une bonne chose pour le parti.
 
De l’autre côté, ceux s’organisent autour de Me Yawovi Agboyibo, on cite le député Agbo, le docteur Lawson, Jean Kissi, Awoudi, Nador, Daté, etc.
 
Sachant que l’idée de son retour ne passera pas au Comité Directeur, Yawovi Agboyibo a centralisé les discussions au sein du présidium dont il est le Président d’honneur.
 
Au sein du CAR et selon les statuts, les décisions se prennent par consensus; à défaut, il faut un congrès pour permettre aux militants de trancher. Approché par notre confrère de corpdiplomatictogo.com, Agboyibo confirme sa volonté de reprendre les manettes en ces termes : « Certains militants sont venus à plusieurs reprises vers moi pour me demander de revenir à la tête du parti. Je leur ai répondu que si cela doit se faire sans congrès, il faudrait alors qu’il y ait consensus et surtout l’assentiment de Me Apévon. Les discussions se poursuivent, mais je puis vous dire que le consensus n’est pas obtenu pour l’instant ».
 
Face au blocage, le «Bélier noir» réfute l’idée du congrès. Du coup, les activités du parti sont bloquées, les réunions ne se tiennent plus. Les ambitions personnelles du Président fondateur ont fini par plomber le parti qui n’est plus que l’ombre de lui-même.
 
Depuis Paris où il séjourne actuellement, Yawovi Agboyibo a manifesté sa volonté de faire un passage en force pour débarquer Paul Dodji Apévon à son retour. Un coup d’Etat que les cadres et militants rebelles ne sont pas prêts à accepter. Les dissensions dégagent une forte odeur de régionalisme. Selon un cadre du parti, seuls Me Yawovi Agboyibo et ses frères de Yoto s’opposent aux cadres et militants des autres régions. Les dissensions sont très fortes, les positions si tranchées que certains ont décidé de balancer des secrets sur la place publique.
 
Les révélations croustillantes et ahurissantes qui en disent long sur un fonds de commerce
 
Pour les cadres rebelles, la volonté manifeste du «Bélier noir» de revenir aux affaires ne répond qu’à un objectif: reprendre la tête du parti pour en faire un fonds de commerce, comme il l’a toujours fait. Et ces cadres d’enchaîner les révélations.
 
Me Yawovi Agboyibo était un ami personnel de feu Omar Bongo qui croyait en ses supposées forces mystiques (sic). Pour les législatives de 2007, feu Omar Bongo, selon les révélations des cadres, aurait offert au «Bélier noir» 500 millions de francs CFA. Le clash entre l’ancien Premier ministre et son Directeur de cabinet d’alors, Georges Aïdam est lié à ce pactole que le premier a gardé pour lui seul. Ulcéré par cette gourmandise, le second a quitté le CAR avec armes, bagages et femme pour atterrir à UNIR.
 
Il nous revient aussi, selon toujours les confidences, qu’en 2010, pour la participation du CAR à la présidentielle, le «Bélier noir» aurait empoché une grosse somme auprès du Président Denis Sassou N’Guesso.
 
Pour les législatives de 2013, c’est du côté d’Idriss Itno Deby qu’il serait allé chercher 300 millions F CFA, avec l’appui des réseaux du pouvoir de Lomé.
 
En 2015, le CAR traversait une situation financière difficile. Yawovi Agboyibo se rend discrètement en Côte d’Ivoire et revient tout joyeux. Une infime partie des sous ramenés, a servi à alimenter la campagne de boycott de la présidentielle par le financement de certains journaux, certaines émissions radios et des tracts distillés partout dans le pays. Blaise Compaoré aussi est cité comme l’un des pourvoyeurs des fonds au «Bélier noir».
 
Selon toujours les révélations des cadres du parti à notre Rédaction, ce sont les fonds publics qui ont servi à la rénovation de la résidence de l’ancien Premier ministre à Tokoin Forever. C’est un secret de Polichinelle, puisque nous en avons fait cas à plusieurs reprises.
 
Le clou de ces révélations concerne les réformes constitutionnelles et institutionnelles prévues par l’APG. Des cadres nous confient que Faure Gnassingbé, toujours en quête de légitimité en 2007 même après la signature de l’APG, avait demandé expressément au Premier ministre d’alors Yawovi Agboyibo d’accélérer la mise en oeuvre des réformes. Le «Bélier noir» a refusé en se lançant dans un dilatoire juste pour des calculs politiciens. Suite à une révélation sur le sujet d’un de ses anciens conseillers à la Primature qui a rejoint UNIR, interpellé pour s’expliquer, Me Agboyibo, selon toujours les cadres de son parti, a avoué que s’il avait matérialisé les réformes, elles auraient profité à l’UFC sur le terrain au détriment de son parti.
 
Pour ces cadres, le Président d’honneur de leur parti, Me Yawovi Agboyibo est un génie du mal, et ils ajoutent : « Nous avons couvert ses dessous durant des années, aujourd’hui il est clair que Me Agboyibo est l’un des obstacles majeurs à l’alternance et à l’instauration de la démocratie au Togo. Il n’a qu’une seule logique, c’est lui ou personne. Le parti, c’est son fonds de commerce personnel depuis des années. Maintenant tout doit cesser pour sauver ce peuple qui a tout donné et qui souffre. S’il veut revenir par tous les moyens alors là les choses risquent de dégénérer, comme au sein de l’UFC en 2010 ».
 
La crise dans ce parti a atteint un point de non retour. Une nuit des longs couteaux a commencé avec un relent régionaliste sur fond de révélations. Autant dire que les jours à venir seront très agités au CAR.
 
Briser le mythe du Président fondateur
 
En politique, le mythe du Président fondateur est toujours d’actualité. L’unique stratège, le demiurge, l’homme providentiel, le pourvoyeur de fonds et de légitimité à même de conduire la barque au bon port. Même en Europe et particulièrement en France, même résiduelle, cette réalité constitue la pomme de discorde au Front National entre Jean-Marie Le Pen et sa fille Marine Le Pen. Sous les Tropiques, le phénomène est plus généralisé.
 
Au Burkina Faso, la volonté affichée de Blaise Compaoré de mettre à la tête du Congrès pour la Démocratie et le Progrès (CDP) son frère François Compaoré a fini par créer des dissensions, et plus tard, une scission avec la bande à Roch Marc Christian Kaboré, Salif Diallo, Simon Compaoré qui ont quitté la barque pour jouer leur propre carte.
 
Au Sénégal, un certain Macky Sall, alors Président de l’Assemblée nationale a dû quitter le Parti démocratique sénégalais (PDS) d’Abdoulaye Wade en dénonçant le projet de ce dernier de mettre son fils Karim Wade à la tête du parti.
 
En RDC, l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS) de l’opposant Etienne Tshisekedi traverse une crise profonde suite à la volonté de son chef historique d’imposer son fils à la tête du parti. Que dire de la Renaissance du
Bénin( RB ) confrontée à une crise entre le père et le fils Soglo ?
 
Au Togo, on a vécu la crise suivie de la scission à l’UFC. Le CAR n’est donc pas une exception, surtout qu’ici, le gourou de Kouvé aussi projette mettre son fils Pascal Agboyibo, avocat à Paris, à la tête du CAR. Il l’a clairement signifié aux militants en ajoutant que son fils dispose d’un solide réseau sur le plan international, mais que ses activités ne lui permettent pas pour le moment de rentrer au pays pour prendre les rênes du parti. Il faudra donc comprendre que l’autre objectif du «Bélier noir» en revenant aux affaires, est en train de préparer le terrain pour le retour de son fils.
 
Faut-il le préciser, il n’y a aucun crime à aller chercher des fonds ailleurs pour financer la lutte chez soi. Mais le problème surgit lorsque le Président fondateur fait de ces sous sa propriété personnelle. De toute évidence, ce fonds de commerce est devenu la norme de la classe politique de l’opposition. La création tous azimuts des partis politiques ces derniers temps avec des sièges qui se trouvent dans le salon ou le garage de leurs présidents ne vise que cet objectif: se servir du manteau de politicien pour se faire un peu de sous et changer de statut social.
 
Durant 25 ans, les populations togolaises assoiffées de démocratie et d’alternance se sont battues au prix des morts, des blessés et exilés pendant que les politiques se faisaient et continuent de faire tranquillement leurs business. Ceux qui se présentent comme des chantres de la démocratie nonobstant leurs multiples échecs de céder la place refusent l’alternance au sein de leurs propres partis. Au bout du compte, c’est la scission qui devient l’unique moyen de recomposer la classe politique, encore que les nouveaux venus ne proposent rien de différent des anciens. Les populations togolaises doivent s’organiser et trouver les moyens pour tourner la page de ces politiciens commerçants qui ne font que le jeu du régime en place.
 
Pour revenir sur le cas Yawovi Madji Agboyibo, on est en droit de se demander ce qu’il compte encore apporter au peuple togolais après plus de 25 ans de lutte infructueuse. La prise de conscience qui a cours dans son parti avec des cadres décidés non seulement à lui dire les vérités en face, mais aussi à mettre sur la place publique toutes ses combines, compromissions et entourloupes qui ont fait le jeu du pouvoir, finira par convaincre définitivement le reste des Togolais qu’il a été et reste un véritable obstacle à l’alternance au Togo. A suivre.
 
Source : [22/01/2016] Mensah K., L’ALTERNATIVE – N°491
 

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