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Boni Yayi réaffirme sa volonté de partir en 2016, Faure Gnassingbé garde le silence et manœuvre pour rempiler en 2015

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L’un des maux qui minent le continent africain et qui retardent son essor démocratique, c’est le réflexe des présidents à aller au-delà de leurs mandats légaux et à s’éterniser au pouvoir. Même les bien élus finissent par être tentés de tripatouiller la Constitution de leur pays pour rempiler. Le cas Abdoulaye Wade est encore vivace dans les mémoires. Au Bénin, Boni Yayi a plus d’une fois déjà déclaré qu’il ne se présentera pas en 2016. Cela n’empêche pourtant pas les Béninois et les admirateurs de la démocratie de ce pays de s’interroger, surtout à l’approche de l’échéance. Mais l’homme vient de réitérer son engagement à quitter le pouvoir en 2016. C’était en marge de son voyage effectué lundi 19 novembre dernier au Vatican.

Boni Yayi persiste et signe

Le président béninois a une fois de plus, au cours d’un entretien avec le Pape Benoît XVI, réaffirmé au souverain pontife sa volonté de ne pas sodomiser la loi fondamentale de son pays pour jouer la prolongation au pouvoir en 2016, l’échéance de ses deux mandats légaux. Boni Yayi l’a confié au correspondant de RFI au Vatican, Antoine-Marie Izoard. « Déjà en 2007, j’ai dit que la question de la révision de points relatifs à la limitation des mandats est déjà définitivement réglée dans mon pays, puisque la limitation des mandats a été appliquée au président Kérékou, au président Soglo. C’est terminé, le débat est terminé ! Allons à l’essentiel ! Allons rapidement à la consolidation de la paix dans notre pays de l’unité nationale et de la prospérité », aurait-il déclaré.

Ces déclarations ne sont que les nièmes faites sur le sujet. Néanmoins Boni Yayi peine à rassurer. Pour nombre de Béninois et d’observateurs, ces propos ne sont destinés qu’à rétorquer à Patrice Talon, son ex-ami avec qui il s’est brouillé, avec cette histoire d’empoisonnement qui rythme le quotidien des Béninois depuis quelques semaines. Ce dernier expliquait, au cours d’une interview accordée à RFI, ses déboires avec le président béninois par son refus de l’aider à tripatouiller la Constitution pour rempiler. « Dès que le président Yayi Boni a été réélu en 2011, sa principale préoccupation était de réviser la Constitution ». «Pour pouvoir rester au pouvoir, se représenter. Donc, le président m’a sollicité pour que j’accompagne son nouveau projet politique en utilisant mes relations, mes moyens pour obtenir auprès de l’Assemblée le nombre de députés qu’il faut pour voter ce genre de modifications qui nécessitent une majorité qualifiée. Mais j’ai résisté. Comme nous sommes des amis, j’ai pu quand même lui faire comprendre que ce n’était pas indiqué, que ce n’était pas faisable, que ce n’était pas bien. Et même si j’avais voulu, ça n’aurait pas marché. Le peuple béninois est attaché à sa démocratie, donc j’ai refusé », avait-il ajouté.

Difficile donc de savoir si ce nième engagement de Boni Yayi est sincère ou pas. Mais lui au moins, il a le mérite d’avoir osé afficher publiquement ses intentions de ne pas aller au-delà de 2016. Au contraire de son pendant togolais qui ne laisse rien filtrer.

Faure Gnassingbé garde le silence et manœuvre pour rempiler

2015 marque en effet le terme des deux mandats constitutionnels de Faure Gnassingbé. Et normalement, il doit vider le plancher en ce moment et laisser la place à un autre. Mais il faut être dans le secret du Prince de la République pour savoir ses réelles intentions. Les Togolais s’interrogent depuis son avènement au trône, vu les circonstances qui l’avaient entouré. Faure Gnassingbé n’a pas hésité à marcher dans le sang et sur les cranes d’un millier de ses compatriotes. Et il n’est pas parvenu à enlever cette suspicion somme toute légitime aux Togolais par sa gouvernance. Et avec l’arrivée à échéance de son second mandat, la question se pose avec acuité. « Il faut être dupe pour penser un seul instant que Faure Gnassingbé a l’intention de quitter le pouvoir en 2015 », déclare un confrère. Et les faits ne manquent pas pour étayer sa position. Comme par hasard, c’est au début du crépuscule de son second mandat – il lui reste à peine trois ans – que Faure Gnassingbé a senti la nécessité de se créer un parti politique. C’est un secret de Polichinelle, c’est 2015 qui se joue derrière le coup de force qui caractérise le processus électoral actuel. Le verrou de la limitation de mandat avait été sauté en décembre 2002 par Eyadéma pour jouer la prolongation, et en l’état actuel de la Constitution, Faure Gnassingbé a toute la latitude de rempiler en 2015 et faire autant de mandats qu’il souhaite. Ce n’est pas pour le roi de Prusse s’il ne s’émeut pas pour matérialiser la recommandation de limitation du nombre de mandat présidentiel à deux, et surtout avec effet immédiat, comme réclamé par l’opposition. Lorsqu’on se rappelle que l’homme avait déclaré en 2005 que leur géniteur les avait conseillés de ne jamais perdre le pouvoir, car il leur sera difficile de le reconquérir, il faut être naïf pour croire que Faure Gnassingbé se retirerait en 2015. T.K.

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