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BCEAO : un cinquantenaire sous la dépendance

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Docteur Faure Gnassingbé au chevet des pays de l’Uémoa en crise , le Togo se consume à ses pieds et dans son indifférence totale
1er novembre 1962-1er novembre 2012. Hier jeudi, cela faisait cinquante ans jour pour jour qu’entrait en vigueur le traité instituant l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uémoa) et la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’ouest (Bceao). A la veille de ce jubilé d’or, l’honneur a échu à Faure Gnassingbé de s’adresser aux peuples des pays membres, en qualité de président de la Conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Uémoa. Mais le patron de l’Uémoa aura surtout amusé les Togolais, par une certaine sollicitude affirmée à l’égard des pays de l’Union en crise sociopolitique et un engagement déclaré à y ramener « la paix et la sécurité ». Alors que sa propre maison brûle et ne trouve pas de pompier pour éteindre le feu.Des succès, vous avez dit ?

C’est le contraire qui étonnerait, une sorte de success story a été chantée par Faure Gnassingbé. A l’en croire, en un demi-siècle de vie, « la BCEAO a toujours su trouver les ressources nécessaires pour se réformer et s’adapter aux mutations de l’environnement économique et financier des Etats membres ainsi qu’aux enjeux et défis qu’ils ont eu à relever », et mis en œuvre les réformes nécessaires pour approfondir et diversifier le système financier de l’Union. La Banque aurait joué un « rôle actif dans le renforcement du processus d’intégration » avec la création de l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA) en 1994 qui a permis de « consolider les bases de la monnaie commune en mettant en place un processus d’intégration économique renforcé », qui ferait des émules sur le continent. « L’intérêt grandissant que manifestent d’autres régions en Afrique pour le modèle d’intégration choisi par les Etats membres de l’UMOA, confirme la pertinence de notre démarche commune », dit-il.

Comme pour illustrer le fameux succès, il parle tout simplement de « tradition d’excellence au service des populations de l’Union » et souhaite que l’Union continue sur cette lancée. Les perspectives d’avenir sont à la taille de cette ambition. La 16e Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement de l’Union, réunie le 6 juin 2012 à Lomé, a adopté à cet effet les orientations proposées par le Comité de Haut Niveau mis en place pour la définition de nouvelles stratégies de mobilisation des ressources financières nécessaires pour le développement.

Emission monétaire, centralisation des réserves de devises de l’Union, gestion de la politique monétaire, organisation et surveillance de l’activité bancaire, assistance aux Etats membres, promotion de la croissance, telles sont, entre autres, les missions reconnues à la Bceao. Avec pour finalité l’essor économique et le développement des populations des Etats membres. Mais malgré ce succès réel ou factice chanté, il est à noter des échecs.

Pauvreté dans l’Union, dépendance …

La pauvreté demeure une réalité dans les pays de l’Uémoa, et Faure Gnassingbé n’a pas manqué de le souligner. « Malgré les succès indéniables enregistrés en matière de stabilité monétaire et les progrès réalisés sur la voie de l’intégration de nos économies, la pauvreté demeure encore trop importante dans nos pays », reconnaît-il, et d’appeler à « intensifier les efforts pour faire face à la situation, notamment par l’inclusion financière et l’invention de nouvelles formes de solidarité régionale ».

Un demi-siècle de vie commune, et aussi d’indépendance, cela se célèbre dignement. Mais l’autre échec à souligner reste la dépendance monétaire de la Banque et de l’Union vis-à-vis de la puissance colonisatrice, la France. Le FCFA est arrimé à l’Euro avec lequel il a une parité fixe et continue d’être frappé en France. Les pièces le sont dans l’usine de Pessac en Gironde et les billets dans le Puy de Dôme (papeterie de Vic-le-Comte, imprimerie et centre de recherche à Chamalières). Et il en sera ainsi pour longtemps encore.

Pour nombre d’observateurs, le FCFA est un instrument de la colonisation ( l’historique de cette monnaie est assez illustratif) et demeure un outil de domination de la France sur ses ex-colonies malgré la décolonisation. Pour les partisans de cette thèse, l’enjeu principal de la zone franc pour l’ancienne métropole n’est pas seulement de nature matérielle, économique ou comptable, mais réside également dans la reproduction continue d’un ensemble de relations qui, en effaçant la « perte » survenue en 1960, préserve tout de même son statut de puissance internationale. Le dispositif de la zone franc, conservateur dans son essence, entretiendrait en Afrique l’ossature des Etats et leur survie dans un système économique et social figé. Pour ceux-ci, le FCFA est aussi un instrument de paupérisation des peuples africains, et les réalités du terrain sont patentes. Tout un débat est aujourd’hui organisé sur le FCFA et des voix s’élèvent de plus en plus pour exiger une véritable indépendance monétaire et financière vis-à-vis de la France. Quelle est d’ailleurs la compétitivité de la Bceao et du FCFA sur la scène mondiale par rapport aux banques et monnaies d’envergure mondiale ?

Faure au chevet des pays en crise

« C’est le lieu pour moi d’exprimer une fois de plus la solidarité de l’ensemble des peuples et des dirigeants de l’Union aux populations victimes des crises sociopolitiques et leur indiquer que nous ne ménagerons aucun effort pour le retour de la paix et de la sécurité dans l’Union ». Ces mots sont du président de la Conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Uemoa, un certain…Faure Gnassingbé. Ainsi dit, l’homme s’engage en quelque sorte à régler les crises sociopolitiques dans les Etats membres de l’Union. Il y a de quoi être remonté, ou carrément en rire, pour qui connaît la situation sociopolitique au Togo.

Notre pays traverse l’une des périodes les plus troubles de son histoire, due à la volonté du régime en place de biaiser les prochaines élections législatives et à son incurie face aux multiples souffrances des populations. Les règles de la compétition ont été définies de façon unilatérale, et en plus inique par le gouvernement en place. La contestation quotidienne de l’opposition et les appels à la raison n’y ont rien pu. Le pouvoir fait preuve d’autisme et continue dans sa logique de coups de force. Le dernier épisode en date est la composition superbement déséquilibrée de la Commission électorale nationale indépendante (Céni) où le parti de l’allié principal du pouvoir, l’Union des forces de changement (Ufc) de Gilchrist Olympio siège au nom de l’opposition. Les professionnels des élections truquées y ont été également élus, sans doute pour rééditer leurs exploits. Comme si les forces de l’ordre ne suffisaient pas, la trouvaille aujourd’hui consiste à déverser aux trousses des contestataires des milices qui agissent en toutes tranquillité et impunité. Chaque jour que Dieu fait, Faure Gnassingbé s’efforce de créer des frustrations et d’attiser la tension. Et à cette allure, il est évident que les prochaines élections seront heurtées, si rien n’est fait. Au même moment, ça grouille sur le front social aussi. La contestation estudiantine est illustrative.

A l’exception peut-être du Mali qui vit un cas spécial, de tous les pays membres de l’Uémoa, le Togo connaît une crise grave sociopolitique et a besoin de médecin soignant. Mais voilà, Docteur Faure Gnassingbé a décidé de voler au secours des pays de l’Union alors que le sien propre va tout droit à la géhenne. C’est juste l’histoire du pompier qui court pour aller éteindre le feu dans la maison d’autrui alors que la sienne propre est en train de se consumer. C’est tout simplement la légendaire hypocrisie de Faure Gnassingbé qui a à nouveau parlé.

En apprenant mardi qu’il devrait s’adresser à la Nation le lendemain, nombre de Togolais s’attendaient à l’entendre annoncer des décisions majeures visant la résolution de la crise sociopolitique que traverse notre pays. Mais tout ce beau monde n’aura ses yeux que pour pleurer. Et ça, c’est du Faure Gnassingbé tout craché. Ah aux dernières nouvelles, un nouveau dialogue politique pourrait prendre corps dans les tout prochains jours.

Tino Kossi

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