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Assani Tidjani, Lambert Adjinon, Loïk Le Floch-Prigent… : Faure Gnassingbé ou le Père Ubu des détenus souffrants

image_pdfimage_print

faure_gnass_500Le Général Assani Tidjani, l’un des officiers supérieurs de l’armée ayant fait allégeance le 5 février 2005 à Faure Gnassingbé à la suite du décès d’Eyadéma et participé activement à son installation au pouvoir en réprimant les populations en avril 2005, est passé de vie à trépas. Après la mise en bière prévue pour jeudi, la dépouille sera embarquée le lendemain pour le Nigeria et non le Togo qui l’a vu naître et où il a passé toute sa vie. Le corps devra être inhumé certainement le samedi, et la page du Général tournée. Ainsi la vie va continuer sans lui, et ce sera le tour d’un autre prochainement. Mais ce qui mérite d’être souligné, c’est le manque d’humanisme dont fait preuve Faure Gnassingbé à l’égard des détenus malades. Rappelant aussi merveilleusement le Père Ubu.

Gracié pour aller mourir ailleurs

Nombre de Togolais auraient sans doute jeté des fleurs à Faure Gnassingbé lorsqu’ils avaient appris en début octobre 2011, la nouvelle de la grâce présidentielle accordée au Général Assani Tidjani afin de lui permettre d’aller se faire soigner en France. Le geste était attendu depuis longtemps, vu que l’homme avait dépéri en l’espace d’une semaine de détention en prison et fait plusieurs crises qui nécessitèrent des hospitalisations au pavillon militaire du CHU-Tokoin. C’était donc le soulagement lorsque le condamné à 20 ans de prison fut évacué le 2 octobre 2011. Mais ce que le commun des Togolais ne savait pas, c’est que Faure Gnassingbé lui a accordé la grâce, non pour lui permettre d’aller se faire soigner en France, mais de mourir hors du Togo.

Nous en faisions la révélation dans la parution de lundi, un check-up de sa santé effectué par un médecin très proche du Prince de la République ne pronostiquait au Général que trois (03) mois de vie, et c’est sur la base de ces conclusions alarmantes que le plus «Faure» des Gnassingbé aurait décidé de le laisser partir. Pour éviter donc qu’il trépasse en prison au Togo, ce qui aurait suscité une autre polémique. Le pronostic des trois mois a été certes déjoué, grâce à la médecine française et Assani Tidjani est resté en vie durant plus de quatorze mois. Mais comme son état de santé était irréversible, il a fini par rendre le dernier souffle le vendredi 7 décembre dernier. A Limoges en terre française. Au grand bonheur (sic) sans doute du Prince qui ne voulait pas le voir mourir sur la terre qui l’a vu naître. Qui sait, peut-être que la vie du Général aurait été sauvée s’il avait été gracié et évacué un peu plus tôt en France. Mais la volonté du « Leader nouveau » qui voulait coûte que coûte le coincer est passée d’abord. De la méchanceté, dites-vous ?

Loïk Le Floch-Prigent souffre en prison

Il souffre d’un psoriasis (depuis l’âge de 15 ans, selon son épouse) qui a dégénéré en cancer et devrait subir une intervention chirurgicale le 26 septembre 2012 en France. Il s’apprêtait à prendre le vol pour rejoindre son pays natal lorsqu’il fut appréhendé à Abidjan en Côte d’Ivoire le 15 septembre, puis transféré au Togo. Et depuis, il est détenu dans les locaux de la Gendarmerie nationale. Sans opération. Et le mal s’empire.

La vie de Loïk Le Floch-Prigent étant en danger, ses avocats avaient entre-temps requis de la Justice une libération provisoire, mieux, une évacuation sanitaire en France. Après des semaines de tergiversation, elle a enfin accédé (sic) à la demande le 26 octobre dernier, mais en fixant une caution libératoire de 9 millions de dollars, soit près de 5 milliards de francs CFA. Fantaisiste et absurde, juge son conseil qui se désole qu’on exige une caution pour permettre l’évacuation sanitaire d’un détenu souffrant. Une première dans le monde, disent les avocats qui ne voient rien d’autre qu’une mise à mort volontaire de leur client. Néanmoins, ils interjettent appel, et le 23 novembre dernier, en lieu et place d’une libération pure et simple, la Chambre d’accusation de la Cour d’appel ramena la caution à 6 millions de dollars, autour de 3 milliards FCFA donc.

Pendant tout ce temps, la santé de l’ancien PDG du Groupe Elf se dégrade, le rapprochant dangereusement de la mort. Ce qui a poussé son épouse à saisir François Hollande par courrier le mercredi 5 décembre dernier et à requérir son intercession auprès des autorités togolaises afin que son mari soit sauvé, car il est « tout près de mourir ». Cette sortie a quelque peu fait bouger les lignes, car le Quai d’Orsay a saisi quelques heures plus tard le Togo du cas du citoyen français. Mais en lieu et place d’une évacuation sanitaire, Lomé a juste concédé qu’il soit soigné ici, et un médecin français devrait arriver dans nos murs à cette fin. Un petit soulagement certes, mais les chances de réussite de l’opération sont minces. Même si le médecin envoyé est un spécialiste confirmé, les conditions de réussite de l’intervention sont loin d’être remplies. Les avocats du Français l’ont déjà souligné, les équipements nécessaires à ce genre d’opération n’existent pas dans notre pays. C’est un secret de Polichinelle, les hôpitaux (publics surtout) au Togo sont de véritables mouroirs, et c’est en toute connaissance de cause que les pontes du régime sautent au moindre bobo dans le premier avion pour aller se faire soigner dans les hôpitaux étrangers. Un petit-fils du Baobab n’avait-il pas été évacué entre-temps en France pour une simple fracture au bras pour être plâtré ? Dans le cas de Loïk Le Floch-Prigent, il ne s’agit pas d’une de ces pathologies des Tropiques, comme le paludisme, et pour lesquelles il existe forcément des médecins traitants et des équipements adéquats. Il est question d’une maladie bien particulière que les médecins locaux n’ont sans doute jamais connue, ou du moins enregistrent rarement. Cette option de faire venir un médecin de France pour opérer l’ancien PDG de Elf au Togo paraît au demeurant comme une autre forme de sa mise à mort. Ainsi en a voulu le Prince de la République.

Mais quel intérêt diantre a-t-il à garder un détenu français souffrant et le voir mourir au Togo ? Est-ce tant au nom de sa soif de Justice ? « Après l’opération et le suivi des soins, la Justice togolaise aura tout le temps de faire son travail », a promis Mme Marlène Le Floch-Prigent dans son courrier adressé au Président français, pour rassurer Faure Gnassingbé et ses disciples ; mais rien n’y fit. Même si on peut redouter que la Justice française protège son citoyen une fois libéré, le monde entier ne sera-t-il pas témoin de cette jurisprudence si cela advenait ? Personne n’est dupe, une éventuelle libération de Le Floch-Prigent enlèverait toute légitimité à l’emprisonnement de Pascal Bodjona et de son cousin Bertin Sow Agba . Et pour pouvoir les coincer (la réelle volonté de Faure Gnassingbé), il faut le maintenir sous contrôle. C’est le véritable enjeu qui se joue derrière ce refus de la Justice togolaise de permettre l’évacuation sanitaire du Français.

Faure insensible aux supplications des enfants d’Adjinon

Adjinon Lambert, voilà un autre cas où se joue le manque d’humanisme ou plutôt la méchanceté du Prince. Il souffre depuis son passage à l’Agence nationale de renseignement (Anr), d’une infirmité auditive consécutive à une inflammation de l’oreille moyenne gauche. Un mal qu’il a choppé à la suite des tortures subies dans le royaume de Yotroféï Massina qu’il a qualifié lors du procès dans l’affaire d’atteinte à la sûreté de l’Etat en septembre 2011, de monstre, de sadique, de psychopathe, « une personne qui éprouve beaucoup de plaisir à faire du mal ». « A chaque heure, il y avait quelqu’un qui était chargé, avec une barre métallique de taper très fortement sur nos portes qui sont des portes métalliques. Les bruits étaient si forts qu’un jour, voulant boucher mes oreilles, j’étais troublé et j’ai bouché mes narines, et c’est après, que je m’en suis rendu compte », avait-il témoigné à la barre. C’est sans doute l’origine de son mal.

Les tortures révélées lors du procès ont été confirmées par le rapport de la Commission nationale des droits de l’Homme (Cndh). A la demande des autorités pénitentiaires, une expertise médicale a été effectuée et le mal confirmé par un spécialiste ORL, ensuite par scanner, puis enfin par l’IRM (Imagerie par Résonnance Magnétique). Les médecins ont pris soin de préciser que l’inflammation prenait du volume et nécessitait une intervention chirurgicale, qui n’est malheureusement pas possible au Togo, mais en France. Mais plus d’un an après le procès, les autorités refusent d’accorder l’autorisation pour l’évacuation sanitaire du malade, qui croupit toujours à la prison civile de Lomé. Les cris des organisations de défense des droits de l’Homme, avec en pôle position la Ligue togolaise des droits de l’Homme (Ltdh) et tout récemment l’Association des victimes de la torture au Togo (Asvitto) présidée par un certain Olivier Amah, victime lui aussi de ces traitements inhumains à l’Anr, n’y ont rien fait. Le cas d’Adjinon Lambert a été encore récemment évoqué au Comité des Nations Unies contre la torture à Genève où le Togo était. Au terme des travaux, il a été recommandé expressément aux autorités de notre pays d’évacuer l’ancien pilote, condamné gratuitement dans cette affaire (l’Avocat général Missité, auteur de la poursuite contre Kpatcha Gnassingbé et consorts, n’avait requis contre lui aucune condamnation, pour absence de preuves sur son implication ; mais le juge Abalo Pétchélébia a trouvé matière à prononcer à son encontre 7 ans de réclusion criminelle). Mais l’homme est toujours maintenu en prison, dans son état. On retiendra surtout comme preuve de la méchanceté du Prince son impassibilité devant les supplications des enfants du Capitaine.

«…Mon père a contracté une tumeur à l’oreille lors de son séjour à l’ANR. Les pronostics des médecins disent qu’il doit obligatoirement subir une intervention chirurgicale qui, malheureusement, ne peut pas se faire au Togo. Je demande aux médias de relayer cette affaire pour que le Président puisse autoriser son évacuation vers un hôpital européen de préférence», avait plaidé le plus âgé d’entre eux au cours d’une conférence de presse organisée début septembre dernier par l’Asvitto, en réaction au communiqué du Conseil des ministres du 30 août 2012 laissant croire que le rapport de la Cndh était appliqué à 90 %. « Je suis ici pour vous dire que depuis qu’on a arrêté mon père le 19 avril 2009, je ne l’ai revu que le 16 septembre 2011. A tous ceux qui m’entendent, qu’ils sachent que c’est seulement ma mère et quelques parents qui nous viennent en aide pour l’école, le manger. Et actuellement, c’est ma mère qui s’occupe de mon père. Je demande au chef de l’Etat à travers les journalistes, d’évacuer mon père le plus vite possible afin qu’il aille dans un hôpital qui pourra l’opérer, car j’ai entendu dire que si la tumeur n’est pas traitée, bientôt il ne sera plus là parmi nous », avait déclaré pour sa part sa petite fille. Des propos qui ont créé la chair de poule dans l’assistance. Mais ces supplications des enfants, ces doux êtres, n’ont pas ému Son Excellence Faure Gnassingbé jusqu’à ce jour.

Les nouveaux griots de Faure dans la corporation, de retour d’Israël le peignaient comme Jésus Christ, du moins comme un Saint dont la visite en un lieu historique a engendré des signes d’illumination dans le ciel. Soit. Un Saint, ça brille de vertus, de grâce ; ça a du cœur, ça pardonne, ça…Mais celui que l’on a au Togo est l’incarnation même de la méchanceté, rappelant fort bien le Père Ubu, ce personnage symbolisant la cruauté humaine dans la pièce théatrale Ubu roi d’Alred Jarry. Quand on refuse à des êtres humains, qui plus est des détenus souffrants, fussent-ils des diables, de se faire soigner, il n’y a pas autre mot pour qualifier ce refus. Et dans la vie, ces genres de comportements se paient.

Tino Kossi

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